Allégations: L’organisation plaignante allègue une absence de reconnaissance,
ainsi que des attaques, des actes de harcèlement et de persécution, des agressions et des
licenciements de syndicalistes indépendants, entre autres actes de discrimination et
d’ingérence antisyndicale commis par les autorités publiques
- 125. Le comité a examiné ce cas (présenté en décembre 2016) pour la
dernière fois à sa réunion de mai 2025 et, à cette occasion, il a présenté un rapport
intérimaire au Conseil d’administration. [Voir 411e rapport, approuvé par le Conseil
d’administration à sa 354e session (juin 2025), paragr. 214 à 251.]
- 126. L’organisation plaignante a présenté de nouvelles allégations dans
ses communications en date des 28 juillet, 18 août, 17, 20 et 30 octobre et 17 décembre
2025.
- 127. Le gouvernement a fait parvenir ses observations dans des
communications en date des 23 mars et 13 avril 2026.
- 128. Cuba a ratifié la convention (no 87) sur la liberté syndicale et la
protection du droit syndical, 1948, et la convention (no 98) sur le droit d’organisation
et de négociation collective, 1949, ainsi que la convention (no 135) concernant les
représentants des travailleurs, 1971.
A. Examen antérieur du cas
A. Examen antérieur du cas- 129. À sa réunion de juin 2025, le comité a formulé les recommandations
suivantes [voir 411e rapport, paragr. 251]:
- a) Le comité prie instamment le
gouvernement de garantir la reconnaissance de l’Association syndicale indépendante
de Cuba (ASIC), ainsi que son libre fonctionnement et l’exercice de ses activités
syndicales.
- b) Le comité prie le gouvernement de lui transmettre le résultat
des enquêtes réalisées et, le cas échéant, les décisions de justice prononcées à
l’encontre des membres ou dirigeants syndicaux qui, selon le gouvernement, ont un
comportement antisocial inapproprié et/ou ont commis des délits, y compris de
troubles à l’ordre public, en particulier: Osvaldo Arcis Hernández, Bárbaro Tejeda
Sánchez, Pavel Herrera Hernández, Daniel Perea García, Yisan Zamora Ricardo, Willian
Cruz Delgado, Roque Iván Martínez Baldarraín, Jefferson Ismael Polo Mezerene,
Anairis Dania Mezerene, Ulises Rafael Hernández López, ainsi que Leonardo Hernández
Camejo et Rodolfo Aparicio Alemán.
- c) Le comité prie le gouvernement de lui
transmettre des informations concernant les nouvelles allégations d’actes répétés de
persécution à l’égard des membres et dirigeants suivants de l’ASIC: Liván Monteagudo
Rivero, Bárbaro de la Nuez Ramírez, Consuelo Rodríguez Hernández, Lázaro Roberto
Aguiar Mendoza, Yunia Figueredo Cruz, Emilio Alberto Gottardi Gottardi, Iván
Hernández Carrillo, Ulises González Moreno, Yaquelín Dalis Caballero, Yoanys Olivera
Vicente et Ibán Guerra Hernández. Le comité prie également le gouvernement de lui
transmettre ses observations au sujet des allégations contenues dans les
communications de l’ASIC datées du 16 avril et du 6 mai 2025.
- d) Le comité
prie instamment le gouvernement de lui transmettre sans autre délai la décision de
justice condamnant Humberto Bello Laffita. Il le prie de veiller à ce qu’aucun
travailleur ne soit arrêté en raison de ses activités syndicales.
- e) Le
comité prie instamment le gouvernement de veiller à ce que Hernández Carrillo puisse
exercer, librement et sans ingérence des autorités, ses activités
syndicales.
- f) Le comité prie à nouveau instamment le gouvernement de
veiller à ne pas restreindre indûment le droit des dirigeants et membres de l’ASIC
d’organiser et d’exercer librement leurs activités syndicales, y compris
lorsqu’elles ont lieu en dehors du territoire national ou qu’elles consistent à
participer à des forums virtuels internationaux.
- g) Le comité prie à nouveau
instamment le gouvernement de garantir pleinement aux dirigeants de l’ASIC la
liberté de mouvement à l’intérieur du territoire national pour y exercer leurs
activités syndicales, y compris la participation à des manifestations pour défendre
les intérêts de ses membres, sans ingérence des autorités.
- h) Le comité prie
de nouveau le gouvernement de lui transmettre une copie des résultats des enquêtes
relatives aux licenciements d’Ismael Valentín Castro et de Dania Noriega, ainsi que
de Kelvin Vega Rizo et de Pavel Herrera.
- i) Le comité prie instamment le
gouvernement d’accepter une mission de contacts directs chargée de recueillir des
informations supplémentaires, de faciliter le dialogue entre les parties et
d’encourager la mise en œuvre de ses recommandations.
B. Nouvelles allégations de l’organisation plaignante
B. Nouvelles allégations de l’organisation plaignante- 130. Dans ses nouvelles communications, l’organisation plaignante avance
de nouvelles allégations spécifiques de violation des libertés publiques des membres et
dirigeants de l’ASIC, selon lesquelles: i) une dizaine de syndicalistes ont été harcelés
et menacés le 11 juillet 2025, principalement dans les provinces de La Havane, de
Matanzas et de Cienfuegos (Emilio Alberto Gottardi Gottardi, secrétaire provincial de
l’ASIC; Nora Noa; Luis Orlando León Randich; la journaliste syndicale Yunia Fiqueredo
Cruz et son époux, l’écrivain Frank Correa; Yoani Olivera Vicente; José Manuel Barreiro
Rouco; Bárbaro de la Nuez Ramírez; le secrétaire général Iván Hernández Carrillo; Sonia
Álvarez Campello, épouse du prisonnier politique Félix Navarro Rodríguez); ii) en
octobre 2025, divers actes de menace et de harcèlement ont visé, à quelques jours
d’intervalle, le journaliste et défenseur des droits de l’homme Julio Aleaga Pesant,
Emilio Alberto Gottardi Gottardi et le travailleur de la santé et militant syndical
Lázaro Roberto Aguiar Mendoza. Selon l’organisation, les trois incidents en question
(concernant respectivement MM. Aleaga, Gottardi et Aguiar) mettent en évidence une
campagne d’intimidation coordonnée, menée par l’État contre les principaux
collaborateurs et représentants de l’ASIC dans différentes provinces du pays; iii) dans
la commune de Colón (province de Matanzas), le secrétaire général Iván Hernández
Carrillo a de nouveau été victime d’une arrestation arbitraire et d’un interrogatoire
visant à l’intimider.
- 131. L’organisation plaignante continue de dénoncer de manière générale
le monopole de l’État en matière syndicale et la répression exercée contre les
syndicalistes et les représentants de l’ASIC. Elle réclame des réformes démocratiques,
exige la mise en place d’une véritable liberté syndicale et demande à l’OIT de la
soutenir publiquement, ainsi que de conduire une mission internationale d’observation et
de suivi de la situation à Cuba.
C. Réponse du gouvernement
C. Réponse du gouvernement- 132. Dans ses communications en date des 23 mars et 13 avril 2026, le
gouvernement réaffirme que les plaignants ne remplissent pas les conditions requises
pour constituer une organisation syndicale au sens de la convention no 87, parce qu’ils
ne sont ni travailleurs ni employeurs, qu’ils n’ont pas de relation de travail à Cuba ni
de représentation syndicale légitime, que leurs activités sont financées et soutenues
par des organisations étrangères et répondent à des objectifs politiques, et que leurs
allégations ne sont pas suffisamment étayées et visent à discréditer l’État cubain. Le
gouvernement rappelle que le cas est en cours depuis 2016, rejette les nouvelles
allégations avancées, et affirme que la liberté syndicale, la régularité des procédures
et le dialogue social sont garantis dans le pays, et demande au comité d’agir avec
objectivité et sans parti pris politique. Le gouvernement affirme qu’il a donné des
réponses détaillées et documentées pendant dix ans, que les allégations ont été réfutées
à maintes reprises et que les informations existantes sont suffisantes pour clore la
procédure. La poursuite de la procédure constituerait selon lui une utilisation abusive
des mécanismes de contrôle de l’OIT, qui porterait atteinte à la crédibilité de ceux-ci.
Le gouvernement évoque également la situation complexe dans laquelle se trouve le pays
en raison des mesures de blocus sans précédent imposées par les États-Unis d’Amérique.
Il affirme que cette situation pèse lourdement sur les institutions nationales et qu’il
a néanmoins déployé des efforts considérables pour répondre aux nouvelles
allégations.
D. Conclusions du comité
D. Conclusions du comité- 133. Le comité rappelle que la présente plainte porte sur de nombreuses
allégations d’attaques, de harcèlement, de persécution, de détentions, d’agressions et
de restrictions à la libre circulation de dirigeants et de militants syndicaux dans
l’exercice de leurs fonctions par les forces de sécurité de l’État. En outre,
l’organisation plaignante dénonce à nouveau sa non-reconnaissance par le
gouvernement.
- 134. Le comité ne peut que rappeler à nouveau qu’il examine depuis
plusieurs décennies des allégations relatives à la non-reconnaissance d’organisations
syndicales non affiliées à la Centrale des travailleurs de Cuba et à l’intervention du
gouvernement dans leur libre fonctionnement [voir les cas nos 1198, 1628, 1805, 1961 et
2258 du Comité de la liberté syndicale]. Il se voit contraint de rappeler que le droit à
une reconnaissance par un enregistrement officiel est un aspect essentiel du droit
syndical en ce sens que c’est la première mesure que les organisations de travailleurs
ou d’employeurs doivent prendre pour pouvoir fonctionner efficacement et représenter
leurs membres convenablement et qu’une longue procédure d’enregistrement constitue un
obstacle sérieux à la création d’organisations.
- 135. Le comité rappelle également que la liberté syndicale implique le
droit pour les travailleurs et les employeurs d’élire librement leurs représentants
ainsi que d’organiser leur gestion et leurs activités sans intervention des autorités
publiques. [Voir Compilation des décisions du Comité de la liberté syndicale, sixième
édition, 2018, paragr. 449, 463 et 666.] En outre, il rappelle que, dès son premier
examen du cas, il a fait observer que la déclaration de principes et les statuts de
l’Association syndicale indépendante de Cuba (ASIC) relèvent du champ d’action d’une
organisation de travailleurs, puisqu’ils promeuvent l’autonomie syndicale, le respect
des normes internationales du travail de l’OIT et la défense des intérêts et des
revendications des travailleurs, indépendamment de tout parti ou influence
politique.
- 136. Le comité regrette profondément l’absence totale de progrès depuis
son dernier examen du cas et note que l’organisation plaignante a présenté de nouvelles
allégations spécifiques concernant des violations des libertés publiques de membres et
de dirigeants de l’ASIC. Il prend note en particulier des allégations concernant des
actes de menace et de harcèlement subis en juillet 2025 par une dizaine de
syndicalistes, ainsi que par des membres de leurs famille dans certains cas, dans
différentes provinces du pays (Emilio Alberto Gottardi Gottardi; Nora Noa; Luis Orlando
León Randich; Yunia Fiqueredo Cruz et son époux; Yoani Olivera Vicente; José Manuel
Barreiro Rouco; Bárbaro de la Nuez Ramírez; Iván Hernández Carrillo; Sonia Álvarez
Campello, épouse du prisonnier politique Félix Navarro Rodríguez). Le comité note
également que de nouveaux actes de menace et de harcèlement auraient été commis en
octobre 2025 contre d’éminents collaborateurs et représentants de l’ASIC (Julio Aleaga
Pesant, Emilio Gottardi Gottardi et Lázaro Roberto Aguiar Mendoza), et que le secrétaire
général de l’organisation, Iván Hernández Carrillo, aurait de nouveau subi une
arrestation arbitraire suivie d’un interrogatoire visant à l’intimider.
- 137. Le comité note que, pour sa part, le gouvernement ne fournit pas
d’informations de fond concernant ses recommandations précédentes et qu’il se limite à
affirmer, de manière générale, que les plaignants ne remplissent pas les conditions
requises pour être considérés comme une organisation syndicale au sens de la convention
no 87, parce qu’ils ne sont ni travailleurs ni employeurs, qu’ils n’ont pas de relation
de travail à Cuba ni de représentation syndicale légitime, que leurs activités sont
financées et soutenues par des organisations étrangères et répondent à des objectifs
politiques, et que leurs allégations ne sont pas suffisamment étayées et visent à
discréditer l’État cubain. Le comité note également que le gouvernement rejette les
nouvelles allégations présentées par l’ASIC et soutient que la liberté syndicale, la
régularité des procédures et le dialogue social sont garantis dans le pays, et demande
au comité d’agir avec objectivité et sans parti pris politique. Il note en outre que le
gouvernement affirme qu’il a donné des réponses détaillées et documentées pendant dix
ans, que les allégations ont été réfutées à maintes reprises et que les informations
existantes sont suffisantes pour clore la procédure. Le comité note que le gouvernement
affirme avoir déployé des efforts considérables pour répondre aux nouvelles allégations,
malgré la situation complexe dans laquelle se trouve le pays en raison des mesures de
blocus sans précédent et qui pèse lourdement sur les institutions nationales.
- 138. Le comité ne peut que constater une nouvelle fois que les versions
de l’organisation plaignante et du gouvernement restent discordantes. Il regrette
profondément l’absence totale de progrès et note à nouveau que le gouvernement n’a pas
communiqué d’éléments concrets concernant l’enquête sur les faits allégués ni fourni de
documents pertinents, tels que des rapports d’enquête ou des décisions de justice, ainsi
qu’il le lui a demandé à plusieurs reprises dans ses conclusions précédentes, tandis que
les plaignants continuent de présenter de nouvelles allégations de nature similaire.
Tout en tenant dûment compte des difficultés que traverse le pays, le comité invite
instamment le gouvernement à continuer de fournir des informations complémentaires afin
de permettre, conformément à ses procédures, un examen objectif et approfondi des
allégations qui lui sont présentées.
- 139. Dans ces circonstances, constatant qu’il ne dispose pas d’éléments
nouveaux qui lui permettraient de revoir sa position, le comité renvoie à ses
conclusions et recommandations antérieures. Dans ce contexte, il souligne la pertinence
et l’importance de la mission de contacts directs qu’il prie le gouvernement d’accepter
depuis 2022 afin de recueillir des informations supplémentaires, de faciliter le
dialogue entre les parties et d’encourager la mise en œuvre de ses recommandations.
Recommandations du comité
Recommandations du comité- 140. Au vu des conclusions intérimaires qui précèdent, le comité invite
le Conseil d’administration à approuver les recommandations suivantes:
- a) Le comité
prie instamment le gouvernement de garantir la reconnaissance de l’Association
syndicale indépendante de Cuba (ASIC), ainsi que son libre fonctionnement et
l’exercice de ses activités syndicales.
- b) Le comité prie à nouveau le
gouvernement de lui transmettre le résultat des enquêtes réalisées et, le cas
échéant, les décisions de justice prononcées à l’encontre des membres ou dirigeants
syndicaux qui, selon le gouvernement, ont un comportement antisocial inapproprié
et/ou ont commis des délits, y compris de troubles à l’ordre public, en particulier:
Osvaldo Arcis Hernández, Bárbaro Tejeda Sánchez, Pavel Herrera Hernández, Daniel
Perea García, Yisan Zamora Ricardo, Willian Cruz Delgado, Roque Iván Martínez
Baldarraín, Jefferson Ismael Polo Mezerene, Anairis Dania Mezerene, Ulises Rafael
Hernández López, ainsi que Leonardo Hernández Camejo et Rodolfo Aparicio
Alemán.
- c) Le comité prie à nouveau le gouvernement de lui transmettre des
informations concernant les nouvelles allégations d’actes répétés de persécution à
l’égard des membres et dirigeants suivants de l’ASIC: Liván Monteagudo Rivero,
Bárbaro de la Nuez Ramírez, Consuelo Rodríguez Hernández, Lázaro Roberto Aguiar
Mendoza, Yunia Figueredo Cruz, Emilio Alberto Gottardi Gottardi, Iván Hernández
Carrillo, Ulises González Moreno, Yaquelín Dalis Caballero, Yoanys Olivera Vicente
et Ibán Guerra Hernández. Le comité prie également le gouvernement de lui
transmettre ses observations au sujet des allégations contenues dans les
communications de l’ASIC datées du 16 avril et du 6 mai 2025.
- d) Le comité prie
à nouveau instamment le gouvernement de lui transmettre sans autre délai la décision
de justice condamnant Humberto Bello Laffita. Il le prie de veiller à ce qu’aucun
travailleur ne soit arrêté en raison de ses activités syndicales.
- e) Le comité
prie à nouveau instamment le gouvernement de veiller à ce que M. Iván Hernández
Carrillo puisse exercer, librement et sans ingérence des autorités, ses activités
syndicales.
- f) Le comité prie à nouveau instamment le gouvernement de veiller à
ne pas restreindre indûment le droit des dirigeants et membres de l’ASIC d’organiser
et d’exercer librement leurs activités syndicales, y compris lorsqu’elles ont lieu
en dehors du territoire national ou qu’elles consistent à participer à des forums
virtuels internationaux.
- g) Le comité prie à nouveau instamment le gouvernement
de garantir pleinement aux dirigeants de l’ASIC la liberté de mouvement à
l’intérieur du territoire national pour y exercer leurs activités syndicales, y
compris la participation à des manifestations pour défendre les intérêts de ses
membres, sans ingérence des autorités.
- h) Le comité prie à nouveau le
gouvernement de lui transmettre une copie des résultats des enquêtes relatives aux
licenciements d’Ismael Valentín Castro et de Dania Noriega, ainsi que de Kelvin Vega
Rizo et de Pavel Herrera;
- i) Le comité prie à nouveau instamment le
gouvernement d’accepter une mission de contacts directs chargée de recueillir des
informations supplémentaires, de faciliter le dialogue entre les parties et
d’encourager la mise en œuvre de ses recommandations.