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Individual Case (CAS) - Discussion: 2025, Publication: 113rd ILC session (2025)

Employment Policy Convention, 1964 (No. 122) - Panama (Ratification: 1970)

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Individual Case
  1. 2025

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Informations écrites communiquées par le gouvernement

Le gouvernement, par l’intermédiaire du ministère du Travail et du Développement professionnel (MITRADEL), applique les normes du droit international, dans le plein respect de sa Constitution. La République du Panama, conformément aux articles 19, 40 et 64 de sa Constitution, reconnaît la liberté des individus de choisir librement l’exercice de toute profession ou de tout métier, sans discrimination aucune fondée sur la race, la naissance, la classe sociale, le sexe, la religion ou les idées politiques. De ce fait, dans le respect de cette obligation constitutionnelle, l’État élabore des politiques économiques visant à promouvoir le plein emploi et à garantir à tout travailleur les conditions nécessaires pour une vie décente.
Conformément à l’article 1 du Code du travail, le MITRADEL règlemente les relations professionnelles en se fondant sur les principes de la justice sociale, en garantissant la protection de l’État aux travailleurs et en favorisant le plein emploi par la création des conditions nécessaires pour garantir aux travailleurs une vie décente et assurer aux employeurs une compensation équivalente à leur investissement.
Dans ce but, la République du Panama a lancé les programmes présentés ci-après.
Le dispositif «Recrutement ciblé» est la marque d’une perspective novatrice adoptée par le service public de l’emploi qui fait d’une recherche du travail plus humaine, digne et efficace une priorité pour l’ensemble des Panaméens, moyennant des processus organisés et alignés sur les opportunités réellement offertes par le marché du travail. Seuls sont convoqués les candidats dont le profil correspond aux postes à pourvoir, ce qui leur donne une vraie possibilité d’accès à un emploi décent. Au cours du deuxième semestre 2024, nous avons organisé 52 journées de recrutement ciblé au niveau national, offrant 2 021 possibilités d’emploi. Pour le premier trimestre 2025, 60 journées de recrutement ciblé ont été organisées dans des bureaux régionaux, offrant 4 685 postes à pourvoir, avec la collaboration de plus de 300 entreprises du secteur privé. 
Le programme «Mon premier emploi» (loi no 121 de 2019, décret exécutif no 27 de 2024, modifié par le décret exécutif no 6 de 2025) est une initiative emblématique de l’administration actuelle. Il facilite l’insertion des jeunes âgés de 17 à 24 ans sur le marché du travail formel, grâce à un processus transparent et souple, administré via une plateforme numérique qui optimise l’intermédiation du travail en croisant automatiquement les postes à pourvoir enregistrés par les entreprises et le profil des jeunes participants, facilitant ainsi des entretiens directs et des stages professionnels. Cet outil encourage la collaboration entre le secteur public et le secteur privé, facilite l’insertion sur le marché du travail formel, avec une rémunération décente, et renforce l’engagement de l’État en faveur de l’employabilité des jeunes et de la croissance économique. Au cours de sa première phase, entre juillet et décembre 2024, ce programme a offert 1 058 stages, permettant l’insertion de 624 jeunes dans le secteur privé. On estime que, en 2025, 2 780 nouveaux stages pourront avoir lieu (738 places ont déjà été ouvertes au premier trimestre), avec la participation active de plus de 405 entreprises privées au niveau national. En avril 2025, nous avons signé un accord de coopération avec le Conseil du secteur privé pour l’aide à la formation, en appui au programme «Mon premier emploi». Cet accord prévoit des formations via la plateforme CONECTA, outil novateur, souple et solide qui optimise la gestion d’activités et de ressources essentielles pour encourager le développement professionnel et renforcer les liens avec le monde de l’entreprise. Ces formations, alignées sur les demandes du marché et les compétences recherchées par les entreprises, prévoient des évaluations périodiques afin de suivre les progrès et le travail des jeunes participants.
Le programme d’amélioration de l’employabilité des personnes en situation de handicap (loi no 15 de 2016) permet d’élaborer des stratégies complètes afin de sensibiliser les entreprises et de les aider à recruter ces précieux talents. De cette vision porteuse de transformations est issue la formation Talent sans frontières «Anita Correa», pilier fondamental du modèle de recrutement inclusif qui garantit que tout processus d’insertion professionnelle des personnes en situation de handicap est mené de manière efficace, digne et durable, en favorisant de véritables opportunités d’intégration. Nous jouons un rôle clé en offrant un accompagnement complet aux entreprises – des conseils juridiques au suivi après l’embauche –, en veillant au respect strict de la loi no 15 du 31 mai 2016. Du fait de cette stratégie inclusive et structurée, de juillet 2024 à ce jour, 222 personnes en situation de handicap ont rejoint le marché du travail dans différentes régions du pays, dont 127 hommes et 98 femmes. Cette avancée reflète l’impact positif de cette initiative sur la constitution d’un environnement du travail plus équitable et accessible pour tous. L’État reconnaît que l’inclusion professionnelle des personnes en situation de handicap est un droit fondamental qui favorise l’équité et la cohésion sociale.
Le programme pour l’orientation professionnelle et l’emploi (décision no 341 du 24 juillet 2015) s’affirme en tant qu’outil stratégique permettant de rapprocher les jeunes de la réalité du marché du travail. Il fournit des conseils sur les tendances de l’emploi et l’offre académique aux lycéens, afin que ceux-ci puissent prendre des décisions éclairées et libres sur leur avenir professionnel. En 2024, 2 210 jeunes ont été formés au niveau national et les prévisions, pour 2025, sont de 10 000 jeunes formés. Ces jeunes bénéficieront des services des psychologues compétents de notre institution; cela réaffirme l’engagement du gouvernement en faveur de la formation complète et de l’insertion professionnelle de la jeunesse panaméenne.
Le gouvernement a décidé de devenir un véritable gouvernement électronique, en intégrant la technologie en tant qu’outil clé de la prestation de services publics. L’une des avancées majeures en ce sens concerne la gestion du Département des agences privées de placement, régi par le décret exécutif no 32 du 15 avril 2016: 108 agences sont enregistrées, dont 81 ont un agrément en cours de validité. Entre 2024 et 2025, 6 autres agences ont été intégrées, aussi bien pour des emplois en mer qu’à terre. En 2025, 7 demandes de renouvellement de l’agrément et 1 demande d’agrément ont été reçues. Seule l’une des nouvelles demandes a été adressée sous forme physique, ce qui montre bien l’efficacité de l’outil numérique et l’efficience administrative en matière de création d’emplois.
La plateforme numérique Emplois Panama (décret exécutif no 3 du 22 avril 2024) demeure un pilier essentiel de l’intermédiation du travail qui permet l’existence de liens justes et efficaces entre les entreprises et les demandeurs d’emploi, par l’intermédiaire du MITRADEL. Cette plateforme compte 2 001 entreprises et 234 167 usagers enregistrés. Elle suit la voie d’une restructuration complète fondée sur l’intelligence artificielle, ce qui permettra de moderniser le service et d’en renforcer l’efficacité, s’alignant ainsi sur les normes internationales les plus élevées en matière de services publics de l’emploi. Le 5 mai 2025, nous avons conclu un accord avec le ministère de l’Intérieur au sujet de la sélection du personnel des maisons de justice communautaire de paix, par l’intermédiaire de la bourse pour l’emploi du ministère. Avec plus de 2 100 places disponibles au niveau national, l’efficacité du service public de l’emploi s’affirme comme celle d’un outil du gouvernement indispensable pour garantir une justice accessible et renforcer le recrutement local.
Le gouvernement continue à renforcer la main-d’œuvre en nouant des alliances stratégiques avec des établissements d’enseignement, par exemple l’Institut technique supérieur spécialisé (ITSE). Un accord-cadre de coopération entre le MITRADEL et l’ITSE vise à élargir ses programmes de formation au niveau national, en utilisant les salles de l’Institut panaméen d’études sociales, au sein des directions régionales du MITRADEL. Cette initiative encourage la mise en place de micro-qualifications, en particulier dans le secteur touristique, en accordant la priorité aux régions à forte demande de main-d’œuvre dans ce domaine, réaffirmant ainsi l’engagement de l’État en faveur d’un enseignement technique de qualité, inclusif et axé sur le développement économique et l’équité sociale. L’ITSE a formé 328 nouveaux professionnels, avec un taux d’insertion professionnelle moyen supérieur à 60 pour cent, soit un niveau historique.
La République du Panama, qui enregistre une forte demande dans le secteur touristique et des services logistiques, exige que la maîtrise de l’anglais soit une compétence essentielle pour renforcer son marché du travail et améliorer l’employabilité. Dans ce domaine, le MITRADEL a signé un accord avec l’Institut national de formation professionnelle pour le développement humain (INADEH) afin de développer l’offre de cours d’anglais en présentiel ou en ligne et fournir ainsi aux demandeurs d’emploi des outils clés comme la maîtrise d’une seconde langue. Cette alliance permet de renforcer la qualité de la formation continue et de la formation technique, tout en encourageant l’inclusion et l’équité et en améliorant les possibilités d’insertion professionnelle.
L’INADEH a pour mandat d’offrir des formations dans le but de trouver un emploi. En 2024, il a accueilli 181 024 participants, dont 35,5 pour cent d’hommes et 65,5 pour cent de femmes, et a organisé 6 406 cours et programmes, en présentiel et en ligne, dans 28 domaines de formation relatifs à différents secteurs économiques. Actuellement, l’INADEH met en place la première phase du projet Hotel Escuela, dont l’objectif principal est de répondre au problème du manque d’espace destiné à la pratique professionnelle et à l’apprentissage en situation réelle. Ce projet, qui a coûté environ 30 715 035 balboas, offre non seulement une formation dans le domaine de l’hôtellerie mais également dans celui de la gastronomie, la pâtisserie et le service au client, entre autres, étant donné que pour fonctionner, plusieurs profils d’emploi sont nécessaires, ainsi qu’un organigramme institutionnel.
L’INADEH projette aussi de construire de nouveaux centres de formation dans d’autres communautés de communes (comarcas) afin de proposer ses services à des communautés rurales difficiles d’accès, comme suit:
  • Construction de nouvelles installations au centre de formation professionnelle «Comarca Ngäbe-Buglé»: ce projet bénéficiera à 212 084 habitants de la communauté de communes autochtone Ngäbe-Buglé qui compte, selon le recensement de 2023, 109 577 femmes et 102 507 hommes. Chaque année, 6 925 personnes environ devraient accéder directement à la formation, grâce à une offre de quelque 277 cours. Le gouvernement central investira dans ce projet à hauteur de 4 312 256,16 balboas.
  • Construction de nouvelles installations dans la communauté de commune autochtone Guna Yala: ce projet bénéficiera à 32 016 habitants, dont 15 308 hommes et 16 708 femmes, selon le dernier recensement de 2023.
Il convient de souligner que les 13 et 14 mai derniers, les ministres du Travail d’Amérique centrale et de la République dominicaine, accompagnés de leurs délégués techniques permanents, se sont réunis dans la ville de Panama pour la première réunion ordinaire du Conseil, sous la présidence pro tempore du Panama, qui a succédé au Honduras. À cette occasion, un plan d’action pour 2025-2027 a été adopté autour de quatre axes essentiels, dont des programmes innovants en matière d’insertion professionnelle mis en place dans les services publics de l’emploi et les observatoires du marché du travail; les nouvelles technologies dans le domaine de l’inspection du travail; la transition vers la formalité qui inclut la présentation d’un diagnostic régional et la création d’un répertoire des bonnes pratiques; le renforcement de la gouvernance du Conseil et de la gestion de la coopération internationale.
En outre, la Déclaration de Panama, dans laquelle est affirmée la pertinence des programmes de promotion du travail décent, du Système d’information et d’analyse du travail dans la région de l’Amérique latine et des Caraïbes (SIALC) et des discussions à la 113e session de la Conférence internationale du Travail, pour le développement de la main-d’œuvre dans la région, a été adoptée. L’impact positif de la conception et de la mise en œuvre de politiques complètes pour la transition vers la formalité, dans une perspective multisectorielle et tirant parti de la technologie, a été souligné. La coopération internationale et l’assistance technique sont indispensables pour relever ces défis avec des stratégies durables et efficaces, en garantissant de meilleures conditions de travail et possibilités pour la population.
En dernier lieu, nous soulignons que le chômage au Panama est non seulement dû à des facteurs structurels du marché du travail mais aussi à des événements récents qui ont pesé sur le maintien et la création d’emplois, par exemple le fait que le contrat minier a été jugé inconstitutionnel, la fermeture prolongée de voies nationales et les arrêts de travail illégaux et injustifiés aux effets préjudiciables sur l’activité économique et la stabilité professionnelle. Nous continuons d’avancer, d’un pas décidé, en agissant de manière coordonnée – gouvernement, secteur privé et population – pour garantir à chaque Panaméen l’accès à de véritables possibilités d’emploi décent, librement choisi et sans aucun type de discrimination, renforçant ainsi la croissance économique et le développement durable.

Discussion par la commission

Président – J’ai donc l’honneur de donner à la parole à l’honorable représentante du gouvernement du Panama, Madame la directrice de l’Emploi au ministère du Travail et du Développement de l’emploi.
Représentante gouvernementale – Au nom du gouvernement, je remercie l’honorable commission de me donner l’occasion de m’exprimer ici et de fournir des informations sur l’application de la convention.
Entre autres, la commission d’experts prie le gouvernement de continuer à communiquer des informations sur la nature et l’impact des mesures prises en vue de mettre en œuvre une politique intégrale destinée à promouvoir la création de possibilités de plein emploi, productif et librement choisi. Dans ce contexte, je présenterai maintenant notre rapport.
Le gouvernement, par l’intermédiaire du ministère du Travail et du Développement professionnel (MITRADEL), agit dans le strict respect des normes du droit international et en pleine conformité avec la Constitution politique du Panama. En particulier, les articles 40 et 64 de la Constitution consacrent la liberté de chacun de choisir librement sa profession ou son métier. Conformément à ce mandat constitutionnel, l’État élabore et met en œuvre des politiques économiques destinées à promouvoir le plein emploi, tout en garantissant à chaque travailleur les conditions nécessaires à une vie digne.
Dans ce contexte, le Panama exposera brièvement les mesures récentes et les engagements pris pour mettre en œuvre efficacement la convention. Le MITRADEL, conformément au Code du travail, régit les relations entre capital et travail, et promeut le plein emploi et la protection des travailleurs.
Tout d’abord, je tiens à souligner que le gouvernement a adopté, par la résolution no 124 du Conseil des ministres du 26 décembre 2024, son Plan stratégique pour les cinq prochaines années (PEG 2025-2029). Ce plan est un instrument essentiel de la planification nationale. Son principal but est d’assurer la cohérence de l’ensemble des politiques publiques, dont, bien sûr, la politique de l’emploi, en poursuivant les objectifs économiques et sociaux du pays. Ce plan n’est pas seulement un cadre d’action: il résulte aussi d’un processus participatif et interinstitutionnel, qui conjugue l’action aux différents niveaux des pouvoirs publics et celle des secteurs sociaux, ce qui contribue à une coordination plus efficace de la politique de l’emploi et des autres domaines du développement national.
Aux fins de son exécution, le PEG 2025-2029 est doté d’un budget quinquennal qui comprend un plan d’investissements publics de 30 277 000 dollars É.-U., investissements qui bénéficieront directement à des secteurs essentiels – agriculture, logistique, finances, éducation, santé, tourisme, entre autres. Le PEG prévoit de grands travaux d’infrastructure. Certains sont déjà en cours – ligne ferroviaire Panama-David-Frontera, téléphérique de San Miguelito, quatrième pont sur le canal de Panama, modernisation de l’Institut national des aqueducs et des systèmes d’égouts, réhabilitation du centre historique de la province de Colón, etc. Au mois d’avril, nous avons enregistré une hausse de près de 31 pour cent du nombre de nouveaux contrats de travail.
Près d’un an après l’entrée en fonction de notre gouvernement, nous avons mis en place et renforcé divers programmes, par exemple le dispositif «Recrutement ciblé». Ce dispositif suit une approche innovante du service public de l’emploi qui privilégie une recherche d’emploi plus humaine, plus digne et plus efficace pour tous les Panaméens, grâce à des processus bien organisés et conformes aux possibilités réelles du marché du travail. Il ne vise que les candidats dont le profil correspond aux postes vacants, et garantit ainsi aux candidats une réelle chance d’accéder à un emploi digne. Au lieu des salons de l’emploi traditionnels, qui rassemblaient des foules mais offraient peu d’opportunités concrètes, nous avons mis en place ce dispositif qui place au centre les personnes et leurs aspirations. Cette stratégie optimise l’intermédiation entre les candidats et les offres d’emploi réelles. À la fin du premier trimestre 2025, 107 recrutements ciblés avaient été réalisés à l’échelle nationale, et 8 401 possibilités d’emploi créées, en partenariat avec plus de 300 entreprises du secteur privé.
Le programme «Mon premier emploi» est une initiative phare du gouvernement. Il est axé sur l’insertion des jeunes âgés de 17 à 24 ans sur le marché du travail formel, avec un processus transparent et rapide. Il est géré par une plateforme numérique qui optimise l’intermédiation du travail en croisant automatiquement les offres d’emploi enregistrées par les entreprises et les profils des jeunes participants, ce qui facilite les entretiens directs et les stages en entreprise. Cet outil favorise la collaboration public-privé, contribue à l’insertion professionnelle dans des emplois formels dignement rémunérés, et renforce l’engagement de l’État en faveur de l’employabilité des jeunes et de la croissance économique.
Au cours de sa première phase (juillet-décembre 2024), le programme a proposé 1 058 stages à l’échelle nationale, qui ont permis d’insérer 624 jeunes dans le secteur privé. Dans le cadre de la relance économique et de la dynamique politique territoriale, le Président de la République, José Raúl Mulino, a autorisé un transfert budgétaire interinstitutionnel pour renforcer la deuxième phase du programme, qui permettra d’insérer 2 000 jeunes supplémentaires, grâce à l’action conjointe du gouvernement et des entreprises privées pour créer de nouvelles possibilités d’emploi.
En avril 2025, nous avons signé une convention de coopération avec le Conseil du secteur privé pour l’aide à l’éducation, en soutien au programme «Mon premier emploi». Cette convention prévoit des formations via la plateforme CONECTA. Cet outil novateur, souple et fiable optimise la gestion d’activités et de ressources qui sont essentielles pour favoriser le développement professionnel et renforcer les liens avec le monde de l’entreprise. Prenant en compte les demandes du marché et les compétences demandées par les entreprises, ces formations prévoient des évaluations périodiques pour suivre les progrès et les résultats des jeunes participants.
Nous avons mis en place le Programme d’amélioration de l’employabilité des personnes en situation de handicap (créé par la loi no 15 de 2016), qui a permis de concevoir des stratégies intégrales destinées à sensibiliser le secteur des entreprises et à l’aider à recruter ces précieux talents.  Conformément à cette optique transformatrice, les cours «Aula Talento Sin Barreras» (Talent sans barrières) sont dispensés. Éléments fondamentaux du recrutement inclusif, ces cours garantissent l’insertion professionnelle efficace, digne et durable des personnes en situation de handicap, et donnent de réelles possibilités d’insertion. Nous jouons un rôle primordial en fournissant une assistance intégrale aux entreprises, qui commence par des orientations juridiques et assure enfin un suivi post-recrutement, ce qui garantit l’application rigoureuse de la norme à l’examen.
Depuis juillet 2024, grâce à cette stratégie inclusive et structurée, 222 personnes en situation de handicap ont intégré le marché du travail dans différentes régions du pays, (127 hommes et 98 femmes). Cette évolution montre l’effet positif des initiatives dont l’objectif est d’instaurer un environnement de travail plus équitable et accessible à tous.
Le programme d’orientation professionnelle et d’emploi a une dimension stratégique qui vise à familiariser les jeunes à la réalité du marché du travail. Il prévoit des services consultatifs sur les tendances de l’emploi et les possibilités de cursus pour les élèves du secondaire, afin qu’ils puissent décider, en toute connaissance de cause et librement, de leur avenir professionnel. En 2024, 2 210 jeunes ont été formés à l’échelle nationale et, d’ici 2025, 10 000 jeunes devraient bénéficier de ce programme. Des psychologues dûment qualifiés de notre institution les prendront en charge, ce qui montre encore l’engagement du gouvernement en faveur de la formation intégrale et de l’insertion professionnelle des jeunes Panaméens.
De plus, le gouvernement s’est fixé pour objectif d’aller dans le sens de la numérisation, et d’un véritable «gouvernement électronique», où la technologie sera essentielle pour assurer des services publics. L’une des avancées significatives de cette transition numérique est le Département des agences privées de placement. Régi par le décret exécutif no 32 du 15 avril 2016, ce département répertorie au total 108 agences, dont 81 disposent d’une licence en cours de validité. Entre 2024 et 2025, 6 nouvelles agences, tant pour l’emploi maritime que les emplois à terre, ont été créées. En 2025, 7 demandes de renouvellement de licence et une demande de licence ont été reçues. Parmi les nouvelles demandes qui ont été reçues, une seule a été présentée sur papier, ce qui témoigne de l’efficacité du numérique et de l’efficience administrative pour créer des emplois.
La plateforme numérique Emplois Panama (décret exécutif no 3 de 2024) reste un élément indispensable pour assurer l’intermédiation du travail, et contribue à mettre en relation, équitablement et efficacement, entreprises et demandeurs d’emploi, par l’intermédiaire du MITRADEL. Cette plateforme, qui donne accès à 2 001 entreprises, et compte 234 167 usagers enregistrés, évolue vers une restructuration intégrale fondée sur l’intelligence artificielle, qui permettra de moderniser le service et d’en renforcer l’efficience, et de l’aligner sur les normes internationales les plus exigeantes dans le domaine des services publics de l’emploi.
Le 5 mai 2025, nous avons conclu une convention avec le ministère de l’Intérieur aux fins de la nomination des effectifs des Maisons de justice communautaire de paix, par l’intermédiaire de la Bourse de l’emploi du ministère. Avec plus de 2 100 postes disponibles au niveau national, l’efficacité du service public de l’emploi s’accroît, service qui est essentiel pour garantir l’accès à la justice et renforcer le recrutement local dans des conditions de transparence.
Le gouvernement continue de consolider la formation de la main-d’œuvre grâce à des alliances stratégiques avec des établissements d’enseignement, par exemple l’Institut technique supérieur spécialisé (ITSE). À cet égard, une convention-cadre de coopération entre le MITRADEL et l’ITSE vise à étendre ses programmes de formation à l’échelle nationale, en utilisant les salles de cours de l’Institut panaméen d’études du travail, au sein des directions régionales du MITRADEL. Cette initiative favorise la mise en œuvre de micro-certifications, en particulier dans le secteur du tourisme, priorité étant donnée aux régions où la demande de main-d’œuvre est forte, en réaffirmant l’engagement de l’État en faveur d’une éducation technique de qualité, inclusive et orientée vers le développement économique et l’équité sociale. L’ITSE a formé 328 nouveaux administrateurs, dont le taux moyen d’insertion professionnelle est sans précédent – plus de 80 pour cent.
En République du Panama, où la demande est forte dans le tourisme et les services logistiques, la langue anglaise est fondamentale pour renforcer le marché du travail et l’employabilité. Dans ce contexte, le MITRADEL a signé une convention avec l’Institut national de formation professionnelle pour le développement humain (INADEH) pour dispenser des cours d’anglais en ligne et en présentiel, et former ainsi les demandeurs d’emploi à des aptitudes essentielles, comme l’est la maîtrise d’une seconde langue. Ce partenariat renforce la formation continue et une formation technique de qualité, en favorisant l’inclusion et l’équité, et en accroissant les possibilités d’insertion professionnelle. L’INADEH vise à former des citoyens à l’emploi. En 2024, 181 024 personnes (35,5 pour cent d’hommes et 65,5 pour cent de femmes) ont participé à ces activités.
Actuellement, l’INADEH met au point la phase initiale du projet «Hotel Escuela», dont le principal objectif est de répondre aux difficultés des participants à ses activités qui ne disposent pas d’infrastructures pour suivre des stages professionnels. Le programme conjugue théorie et pratique. Ce projet (quelque 30 715 035 dollars É.-U.) profitera non seulement au secteur hôtelier, mais aussi à d’autres secteurs – développement entrepreneurial, gastronomie, pâtisserie, services à la clientèle. Pour être utile, ce projet doit couvrir plusieurs profils professionnels et disposer d’un organigramme institutionnel.
L’INADEH prévoit également la création de nouveaux centres de formation dans des communautés de communes (comarcas), afin de mettre son offre formative à la disposition de communautés dans des zones rurales reculées. Cette initiative comprend aussi la construction de nouvelles installations pour le centre de formation professionnelle de la comarca Ngäbe-Buglé, qui bénéficiera à 212 084 habitants de la comarca indigène Ngäbe-Buglé, et de la comarca Guna Yala.
Les 13 et 14 mai 2025, nous avons tenu à Panama la première réunion ordinaire du Conseil des ministres du travail de l’Amérique centrale et de la République dominicaine. Lors de cette réunion – le Panama en a assuré la présidence pro tempore – le Plan d’action 2025-2027 a été adopté. Ce plan compte quatre axes fondamentaux: insertion professionnelle novatrice dans les services publics de l’emploi et les observatoires du marché du travail; inspection du travail et intégration des nouvelles technologies; transition vers la formalisation du travail en suivant une approche multisectorielle qui s’appuie sur la technologie; et coopération internationale et assistance technique, lesquelles sont essentielles pour relever les défis au moyen de stratégies durables et efficaces.
De plus, la Déclaration de Panama a été signée. Elle souligne l’importance des programmes de travail décent et du Système d’information et d’analyse du travail dans la région de l’Amérique latine et des Caraïbes (SIALC) de l’OIT, auquel le gouvernement panaméen contribue chaque année significativement, à hauteur de 327 000 dollars É.-U., et qui existe depuis près de trois décennies. J’insiste au sujet du SIALC: il s’agit là d’un système de grande qualité pour les pays bénéficiaires d’Amérique latine et des Caraïbes. La publication «Panorama Laboral 2024» du SIALC est essentielle pour les gouvernements, les employeurs, les travailleurs et les universitaires intéressés par une analyse systématique des marchés du travail de la région. Elle donne accès à une analyse claire et actualisée de la situation du marché du travail, ce qui nous permet de projeter des stratégies d’action pour les années à venir, de contribuer au renforcement de nos politiques et stratégies de l’emploi, et de garantir que les informations ainsi apportées auront un impact positif et efficace sur la prise de décision dans le domaine de l’emploi.
Il ressort de la publication «Panorama Laboral 2024» que, si la région a retrouvé son niveau économique d’avant la pandémie, des difficultés importantes persistent sur le marché du travail. Nous ne pouvons donc pas passer outre aux répercussions de la pandémie, qui ont encore aggravé l’informalité, le chômage et la précarité de l’emploi. Il importe de souligner que ces problèmes ne sont pas propres au Panama et qu’ils se posent à l’échelle mondiale.
Je tiens à souligner que le chômage au Panama n’est pas seulement dû à des facteurs structurels du marché du travail, mais aussi à des faits qui ont compromis le maintien et la création d’emplois – déclaration d’inconstitutionnalité du contrat minier, blocage prolongé de routes à l’échelle nationale et grèves illégales – et ont nui à l’activité économique et à la stabilité de l’emploi dans notre pays. Le taux de chômage reste un défi, et l’informalité et la précarité de l’emploi demeurent préoccupantes. Par conséquent, on ne peut pas méconnaître les efforts que mon pays déploie pour mettre en œuvre des réformes structurelles destinées à améliorer la qualité de l’emploi et à réduire l’informalité et la précarité du travail, et permettre ainsi aux travailleurs d’accéder à des emplois décents et durables.
Avant de conclure, au nom du gouvernement, nous réitérons notre engagement en faveur de la création d’emplois décents et du développement productif de notre pays.
Membres employeurs – Tout d’abord, nous tenons à remercier le gouvernement pour les informations fournies sur le respect, dans la législation et dans la pratique, de la convention. Comme à l’accoutumée, nous souhaiterions replacer le cas à l’examen dans son contexte afin d’en faciliter la compréhension. La commission examine ce cas pour la première fois. Le Panama a ratifié la convention en 1970 et la commission d’experts a formulé des observations à ce sujet à six reprises, plus précisément en 2011, 2012, 2013, 2016, 2018 et enfin en 2024, après avoir pris note des rapports du gouvernement et des commentaires formulés par les partenaires sociaux.
Avant d’examiner les commentaires de la commission d’experts, les employeurs souhaitent souligner l’importance de la convention, qui est l’une des conventions de gouvernance (prioritaires) de l’OIT et qui prévoit pour l’essentiel que les États Membres doivent formuler et mettre en œuvre une politique active visant à promouvoir le plein emploi, productif et librement choisi.
Il importe de prendre en compte que le présent cas nous réunit pour examiner la mise en œuvre effective de mesures appropriées et conformes aux dispositions, en particulier, des articles 1, 2 et 3 de la convention. Mon intervention comportera donc trois parties, et j’analyserai séparément les engagements internationaux qui découlent de chacun de ces articles.
Tout d’abord, l’article 1 de la convention établit comme objectif essentiel une politique active visant à promouvoir le plein emploi, productif et librement choisi. À cet égard, les membres employeurs prennent note de l’action tripartite qui a abouti à la signature du Mémorandum d’Entente pour le programme par pays de promotion du travail décent (PPTD) 2024-2027. Selon les informations qui ont été communiquées, ce programme résulte d’un dialogue social tripartite et constitue une avancée significative.
Conformément aux dispositions des articles 1, 2 et 3 de la convention, le PPTD, adopté de manière tripartite, vise à rendre le travail productif, à renforcer les programmes de formation professionnelle et à mettre en place des politiques et des programmes axés sur les populations vulnérables, en particulier les jeunes, dans une perspective de genre.
Les membres employeurs souhaitent souligner les actions suivantes qui découlent du programme de travail décent. Tout d’abord, la création de l’Observatoire national du travail afin d’améliorer la collecte et l’analyse de données sur le marché du travail; puis le Plan de promotion de l’emploi des jeunes; et enfin la table tripartite chargée de suivre la mise en œuvre du PPTD.
Compte tenu de ce qui précède, les membres employeurs ont constaté que, au-delà des questionnements qu’a exprimés la commission d’experts au sujet de la coordination de la politique de l’emploi avec la politique économique et sociale du pays, et de la portée et des résultats des mesures qui ont été adoptées, le Panama dispose effectivement d’une politique de l’emploi fondée sur le tripartisme et orientée vers la réduction du chômage et de l’économie informelle.
Deuxièmement, en ce qui concerne le respect des alinéas a) et b) de l’article 2 de la convention, à propos de la révision ou de la supervision des mesures et de l’élaboration de programmes spécifiques, les membres employeurs notent que, à la suite de l’accord tripartite susmentionné (PPTD 2024-2027), une table tripartite de suivi a été mise en place pour ajuster les actions du plan d’action susmentionné, avec la participation active des partenaires sociaux les plus représentatifs.
En ce qui concerne les programmes mis en œuvre, les membres employeurs prennent note de l’élaboration des programmes suivants, qui visent spécifiquement les femmes et les jeunes:
  • 1) la Politique d’égalité des chances pour les femmes, dont les axes fondamentaux sont leur autonomisation, notamment économique et professionnelle, l’éradication de la violence et la transformation socio-culturelle;
  • 2) le Programme «Mon premier emploi», destiné aux jeunes âgés de 17 à 24 ans, qui facilite leur insertion sur le marché du travail formel et vise à relier offre et demande sur le marché du travail;
  • 3) le Programme d’orientation professionnelle et d’emploi, pour sensibiliser les jeunes à la réalité du marché du travail.
Les membres employeurs reconnaissent les progrès et les efforts réalisés par le gouvernement du Panama pour mettre en œuvre des programmes et des projets tournés vers la création d’emplois décents.
En matière d’informalité, nous tenons à souligner que, selon les données du Service du Contrôleur général de la République du Panama, l’informalité touche plus de 47 pour cent de la population active du pays, principalement dans les secteurs suivants – commerce, construction, logistique, industrie, hôtellerie, restauration, autres activités de services, entre autres. L’expansion de l’informalité a contribué à une concurrence déloyale et mis en péril la viabilité du système de sécurité sociale au Panama, et constitue l’une des principales difficultés auxquelles est confronté le développement économique et social du pays.
Par conséquente, nous demandons au gouvernement, avec l’assistance technique du BIT, de mettre en œuvre des mesures de nature à favoriser le passage de l’informalité à la formalité, tant pour les entreprises que pour les travailleurs. Cette assistance devrait inclure des mesures pour simplifier et débureaucratiser les normes du travail, et accélérer les procédures administratives, afin qu’il soit plus facile, et plus avantageux, de respecter la loi.
Enfin, en ce qui concerne l’article 3 de la convention, qui porte sur la consultation des partenaires sociaux les plus représentatifs, nous invitons le gouvernement à poursuivre la tenue de tables tripartites afin que, grâce à l’expérience et aux connaissances des employeurs, des travailleurs et du gouvernement, des progrès continuent d’être accomplis tant dans l’employabilité, en tenant compte de la notion de travail décent, que dans la transition de l’informalité à la formalité.
À cet égard, nous recommandons au gouvernement, avec l’assistance technique du BIT, de mettre en place des projets et des programmes axés sur le renforcement du dialogue social tripartite pour veiller à l’indépendance, à la parité et à une participation constructive des parties, tout en renforçant des conditions propices pour les organisations d’employeurs et de travailleurs.
Les employeurs souhaitent souligner que des conditions favorables au développement d’entreprises durables sont essentielles pour créer des emplois décents. Des conditions propices pour les entreprises sont cruciales pour garantir la sécurité juridique et encourager l’investissement, l’innovation et l’emploi. Ces éléments sont fondamentaux pour promouvoir les politiques publiques économiques, sociales et d’employabilité.
À ce sujet, les membres employeurs demandent au gouvernement de redoubler d’efforts pour continuer à mettre en œuvre, en consultation avec les partenaires sociaux les plus représentatifs, les projets et programmes qui portent tant sur la création d’emplois que sur la transition de l’informalité à la formalité, projets et programmes pour lesquels il peut demander l’assistance technique du BIT.
Membres travailleurs – Les membres travailleurs s’exprimeront dans cette commission pour examiner le cas du Panama au regard de la convention. Nous le faisons avec préoccupation et en toute responsabilité: ce qui est en jeu, ce n’est pas seulement le respect d’une convention de gouvernance, mais la crédibilité de cette Organisation face à la situation grave, actuellement, de régression des droits, qui rend impossible l’application réelle et effective de la convention.
Nous connaissons les règles de la procédure, et nous les respectons, mais il s’agit ici d’un cas qui dépasse le cadre de la convention.
Le rapport de la commission d’experts, dont nous saluons la solidité et l’équilibre, souligne l’absence d’une politique nationale de l’emploi cohérente, articulée, évaluable et liée aux stratégies macroéconomiques et sociales. Comme le souligne le préambule de la convention, l’emploi productif et librement choisi doit être considéré comme un objectif primordial de la politique économique et sociale. Or, au Panama, cet objectif n’est pas atteint.
L’analyse de la commission d’experts est claire. Malgré les plans et les annonces présentés par le gouvernement, il n’existe pas au Panama de politique nationale de l’emploi intégrale, cohérente, durable et liée aux politiques économiques et sociales. Il n’y a ni continuité ni approche à long terme; les programmes s’accumulent sans évaluations ni coordination, les budgets sont insuffisants et il n’y a pas de participation effective des partenaires sociaux.
Le rapport constate que l’informalité dépasse 56 pour cent, que le chômage persiste, en particulier chez les jeunes et les femmes, que moins de 25 pour cent des contrats de travail enregistrés sont à durée indéterminée et que, plutôt que s’attaquer aux causes structurelles de la précarité, le gouvernement adopte des programmes tels que «Aprender Haciendo» (Apprendre en Faisant) ou «Capacítate para el trabajo» (Suis une formation professionnelle). Ces programmes, appliqués de manière fragmentée, ne suffisent pas pour changer les conditions réelles d’emploi.
Mais au-delà de la conception technique des programmes, il y a un problème institutionnel central: l’exclusion systématique des partenaires sociaux. L’article 3 de la convention dispose clairement que les États doivent consulter les représentants des employeurs et des travailleurs en vue de l’adoption et de l’application des mesures envisagées. Cette consultation n’existe pas au Panama.
Le mouvement syndical panaméen a dénoncé le manque de participation à l’élaboration de politiques publiques de l’emploi, la faiblesse institutionnelle du dialogue social et l’absence d’une stratégie nationale à long terme garantissant un emploi digne et assorti de droits. Le mouvement syndical panaméen a aussi attiré l’attention sur la concentration géographique des possibilités d’emploi, les inégalités persistantes de genre et le décalage entre offre éducative et demande productive.
Le gouvernement lui-même a déclaré publiquement qu’il ne maintiendra pas des voies de dialogue avec le mouvement syndical. Au lieu d’évoquer un dialogue tripartite institutionnalisé, il parle de «réunions d’écoute», sans caractère contraignant, et sans équilibre ni représentation réelle. Ce refus explicite du dialogue social est une atteinte directe au cœur même de la convention et des principes tripartites qui donnent tout son sens à l’OIT.
La gravité de cette situation est accentuée par le fait que le Panama fait partie de la troïka de la Conférence interaméricaine des ministres du travail (CIMT) de l’Organisation des États Américains (OEA). Cette responsabilité régionale qu’a la troïka (dont la présidence, qui a été assurée par l’Argentine, l’est actuellement par la Colombie, puis le sera par le Panama) est une obligation éthique et institutionnelle, et doit montrer l’exemple. On ne peut pas, d’un côté, diriger une instance hémisphérique et, de l’autre, persécuter les syndicats à l’échelle nationale. Nous sommes convaincus que le respect des engagements internationaux n’est pas une simple option. C’est un devoir.
Le rapport de la commission d’experts souligne aussi la faiblesse des mécanismes de coordination entre les politiques de l’emploi et les stratégies éducatives et productives. Une problème central se pose: dans ce climat d’hostilité, de la part des institutions, envers les travailleurs et leurs organisations, il est tout à fait impossible de mener à bien un programme de travail décent par pays qui, nous le savons bien, ne peut être élaboré qu’avec la participation des gouvernements, des employeurs et des travailleurs. On ne peut pas feindre d’appliquer le tripartisme. Soit on le respecte, soit on l’enfreint, et nous pensons qu’aujourd’hui, malheureusement, il est enfreint au Panama.
Le climat social et politique est très agité; la sécurité, la liberté et l’intégrité physique des personnes sont menacées. Nous l’avons entendu ici, le chef du pouvoir exécutif a déclaré dans des médias son intention d’étouffer économiquement les syndicats. Cette déclaration est plus qu’une opinion, c’est une ligne politique inacceptable pour les travailleurs. C’est pourquoi, Monsieur le président, nous devons être clairs: il ne peut y avoir de plein emploi, productif et librement choisi si les personnes qui défendent ces droits sont persécutées; il ne peut pas y avoir de politiques de l’emploi sans partenaires sociaux libres, de développement durable sans justice sociale, et de justice sociale sans liberté syndicale.
Pour le mouvement syndical mondial, et en particulier pour celui des Amériques, le Panama constitue aujourd’hui une priorité régionale. Il l’est parce que des droits fondamentaux y sont enfreints: la liberté d’association et la liberté syndicale; la reconnaissance effective du droit à la négociation collective; l’élimination de toutes les formes de travail forcé ou obligatoire; l’abolition effective du travail des enfants; l’élimination de la discrimination dans l’emploi et la profession, et un environnement de travail sûr et salubre.
Comment le Panama, considéré il y a quelques années encore comme exemplaire pour ses commissions de dialogue tripartite, se trouve aujourd’hui dans cette situation et fait l’objet d’un examen de cette commission?
Nous le répétons, le Panama est la priorité régionale qu’ont définie la Confédération syndicale des Amériques et le mouvement syndical mondial, car dans la situation à l’examen il ouvre la voie à un recul de l’action syndicale dans la région, et par conséquent à une régression générale des droits.
C’est pourquoi nous informons cette commission que les dirigeants syndicaux du Panama présents à la Conférence, avec le soutien syndical de la Confédération syndicale des Amériques, ont rencontré le Directeur général du BIT pour demander une intervention urgente, directe et visible. Une mission de haut niveau est indispensable pour constater la gravité de la situation sur place. Le peuple panaméen ne peut pas attendre. Nous ne pouvons pas détourner les yeux. Les conventions de l’OIT, la convention de gouvernance no 122 et les conventions fondamentales doivent être respectées. Nous demandons instamment au BIT, par l’intermédiaire de son Directeur général, de mener une intervention énergique, directe et viable afin de contribuer à la reconstruction des espaces de dialogue social et au respect effectif des normes internationales du travail dans le pays. Le Panama doit garantir la sécurité des dirigeants syndicaux afin que, dans le respect de la démocratie, de la paix et de l’État de droit, un dialogue tripartite puisse être engagé avec l’assistance du Bureau.
Nous sommes convaincus que l’assistance technique ne sera ni marginale ni symbolique. Elle sera prioritaire, stratégique et soutenue. Ce qui est en jeu, ce n’est pas seulement le respect d’une convention. C’est la possibilité même que le système de normes de l’OIT continue d’être un outil vivant aux fins de la justice sociale.
Les graves faits de violence que nous avons décrits ne relèvent pas du passé et dépassent le cadre d’un simple rapport technique; ils se produisent en ce moment même, alors que cette commission est réunie ici à Genève. C’est bien la réalité, celle que nous connaissons par les médias, dont nous sommes informés minute après minute, tandis que des travailleuses et travailleurs panaméens suivent, avec espoir, ce que nous faisons aujourd’hui ici, dans cette maison.
Comme l’a déclaré le Secrétaire général de l’Internationale des travailleurs du bâtiment et du bois (IBB), lors de la séance plénière de cette conférence à propos du Panama, l’OIT est la maison de la justice et nous devons tous l’honorer. La paix sociale au Panama est nécessaire, impérieuse.
Membre employeur, Panama – Nous sommes réunis aujourd’hui pour examiner le respect de la convention par la République du Panama, examen qui a pour origine des observations présentées par le Conseil national des travailleurs organisés (CONATO).
Il importe d’avoir clairement à l’esprit que ce cas ne porte pas sur la liberté syndicale et la négociation collective. L’examen de ce cas ne fait pas suite à des réclamations d’un syndicat sur des questions liées à la liberté syndicale, il est très important de le préciser.
L’État, sous le gouvernement de l’ancien président, M. Cortizo, a répondu officiellement le 6 décembre 2022 en détaillant les programmes et les plans élaborés par le pays pour se conformer aux obligations de la convention.
Aujourd’hui, sous le gouvernement du Président José Raúl Mulino, ces plans et ces programmes se poursuivent en tant que politique d’État, et de nouvelles initiatives ont été lancées pour créer des emplois, promouvoir le travail décent – en particulier pour les jeunes et les femmes – et promouvoir des entreprises durables afin de réduire l’informalité.
Le temps manque pour décrire chacun de ces plans – du reste, ils ont été présentés en détail par la directrice de l’emploi du MITRADEL. Mais je suis pleinement convaincu, sans aucune réserve, que ces politiques sont réelles. En tant que président de la commission du travail du Conseil national de l’entreprise privée (CONEP) et en ma qualité de porte-parole et de négociateur des employeurs, j’y ai participé directement, tout comme les travailleurs.
Les plans et programmes répondent aux exigences établies par la convention. Le Panama a respecté la convention, à 100 pour cent. Toutefois, et ceci ne tient pas à la conception technique de ses politiques, le Panama est confronté à de graves contraintes structurelles, conjoncturelles, qui compromettent les résultats de ces stratégies.
Ces dernières années, les protestations sociales de certains groupes se sont amplifiées. Leurs revendications, peut-être légitimes au début, ont pris une tournure qui perturbe profondément l’ordre productif et le développement national. Nous pensons en particulier au blocage de routes et de rues comme moyen de pression, ce qui empêche l’économie de fonctionner normalement. Dans ces situations, les travailleurs ne peuvent pas se rendre à leur lieu de travail, les employeurs ne peuvent pas ouvrir leurs commerces, les producteurs ne peuvent pas s’occuper de leurs cultures et la population en général ne peut pas accéder ni à des services essentiels comme l’éducation, l’alimentation, ni à des soins médicaux.
En 2022, par exemple, la hausse internationale des prix du carburant et la prétendue inflation qui était évoquée alors ont déclenché des manifestations assorties de barrages routiers généralisés. Pourtant, l’inflation au Panama est minime. Mais le pays ne produit ni pétrole ni carburant et est tributaire des prix internationaux. Le gouvernement a été contraint de verser temporairement à l’ensemble de la population des subventions pour leurs dépenses de carburant. Ces manifestations ont entraîné de graves pertes économiques et contraint de nombreuses micro, petites et moyennes entreprises (MPME), qui se remettaient à peine des effets dévastateurs de la pandémie, à fermer et beaucoup ont basculé dans l’économie informelle.
Autre exemple: en 2023, l’adoption de la loi no 406 relative à l’octroi de concessions minières a provoqué une vague de manifestations et de barrages routiers qui ont paralysé le pays pendant plus d’un mois. La déclaration ultérieure d’inconstitutionnalité de la loi a entraîné le licenciement de plus de 7 300 travailleurs directs et la perte de plus de 30 000 emplois indirects. Le Panama est un pays peu peuplé, et l’impact a été très fort. Le CONEP a estimé les pertes économiques à 1,7 milliard de dollars É.-U. De plus, le taux de croissance du produit intérieur brut, qui était de 7,4 pour cent, a baissé – cela était prévu – et s’est établi à 2,9 pour cent. La chute des exportations a été de 7,5 pour cent.
Plus récemment, en avril 2025, l’adoption de la loi no 462, qui porte réforme de la loi organique sur la caisse d’assurance sociale, réforme dont tous les secteurs, y compris l’OIT, reconnaissaient le caractère urgent, a déclenché aussi des manifestations et des barrages routiers. Cette situation paralyse le système éducatif public depuis plus d’un mois et demi, et a conduit à des grèves illégales.
Dans la province de Bocas del Toro, un syndicat bananier a déclaré la grève contre une entreprise – alors qu’aucun conflit ne l’opposait à cette entreprise et que ce syndicat n’avait formulé aucune revendication. En conséquence, l’entreprise a perdu ses récoltes, cessé ses activités dans le pays, et laissé sans emploi plus de 7 000 travailleurs directs et 21 000 travailleurs indirects. Dépendante de cette activité productive, l’économie de cette province s’est effondrée à la suite de la grève illégale.
Ce scénario se répète de manière préoccupante. Le mécontentement social ou politique, les manifestations et les blocages sont plus dommageables que les problèmes que l’on prétendait corriger.
Nous sommes confrontés à une situation structurelle. D’un côté, il y a des politiques de l’emploi bien conçues, techniquement appropriées et conformes aux principes de l’OIT et de la convention. De l’autre, la situation sociale, faite de conflits et d’instabilité, empêchent ces politiques d’avoir des résultats durables. La question n’est donc pas de savoir si le Panama respecte ou non la convention en ce qui concerne la réglementation, la planification et l’exécution de mesures. À n’en pas douter, il la respecte. La vraie question est de savoir si le contexte social permet de matérialiser ces résultats.
La réponse est claire: tant que cette dynamique de protestation autodestructrice persistera, aucun programme pour l’emploi, aussi solide soit-il, ne pourra progresser et traduire dans les faits l’ensemble des résultats escomptés. Pourtant, de nombreuses mesures sont prises.
Aujourd’hui, plutôt que procéder à une défense en avançant des arguments techniques, je souhaite lancer un appel, à chacun et à la collectivité. Le Panama dispose d’énormes avantages concurrentiels – une population industrieuse et de bonne volonté, et des ressources stratégiques – mais nous assistons à une érosion interne provoquée par l’action de petits groupes.
J’ai mal pour mon pays. C’est pourquoi je lance un appel sincère. Nous avons besoin d’aide pour accroître ce qui a toujours été notre force: les avantages et les possibilités dont nous disposons pour relever ensemble, avec maturité, les défis de la réalisation du travail décent, dans des entreprises durables, en tirant tout le parti de la technologie, de l’intelligence artificielle et de la robotique, et en ayant à l’esprit la vision d’un pays pour tous. L’OIT peut nous aider à renforcer le dialogue social.
Le Panama ne peut pas continuer à agir contre lui-même. Aujourd’hui, nous devons nous unir pour continuer à avancer, comme nous l’avons toujours fait, en menant un dialogue social engagé et en ayant une vision pour notre pays.
Membre travailleur, Panama – La convention a été adoptée par la Conférence en juillet 1964, à sa 48e session, et est entrée en vigueur le 15 juillet 1966. Le Panama l’a ratifiée le 19 juin 1970. Je définirai ici, d’une manière générale, la notion de «politique de l’emploi»: la politique de l’emploi comprend les mesures que les pouvoirs publics prennent sur le marché du travail pour assurer la qualité de l’emploi et réduire le chômage. Ces mesures peuvent être actives ou passives. Les politiques actives cherchent à améliorer l’employabilité des chômeurs au moyen de programmes d’orientation, de formation professionnelle et d’aide à la recherche d’un emploi. De leur côté, les politiques passives consistent en un système de protection sociale qui garantit un revenu aux chômeurs jusqu’à ce qu’ils trouvent un emploi.
Dans le cas du Panama, je soulignerai que le taux de chômage était de 9,5 pour cent en octobre 2024, soit une hausse de 2,1 points de pourcentage par rapport à août 2023. Ainsi, le nombre de personnes sans emploi est passé de 155 625 à 202 609 au cours de la même période. Le taux de chômage a augmenté en août 2023, en passant de 7,4 pour cent à 9,5 pour cent en 2024, comme nous l’avons déjà indiqué. Cette hausse se traduit par le fait que 46 984 autres personnes sont sans emploi. Le taux de chômage des hommes est passé de 4,4 pour cent à 5,8 pour cent et celui des femmes est plus alarmant – il est passé de 7,7 pour cent à 10,5 pour cent – et tend à s’accroître.
Le travail informel reste l’un des plus élevés de la région. Selon les chiffres d’octobre 2024, près de 50 pour cent des travailleurs – hors agriculture – au Panama sont occupés dans le secteur informel. Au cours de la période cumulée d’août 2023 à octobre 2024, la population active du pays était de 2 126 771 personnes. Le taux de chômage des jeunes a atteint 29 pour cent, selon l’Institut national de la statistique et du recensement, ce qui constitue un problème social à court terme, en raison de débouchés insuffisants pour ces chômeurs. Soixante pour cent des emplois occupés aujourd’hui par les jeunes sont informels et les jeunes qui obtiennent un emploi formel gagnent environ 698 dollars É.-U. par mois, soit exactement 35,87 dollars É.U. de moins que le salaire moyen dans l’économie, qui est de 734 dollars É.-U.
Dans le cas des populations indigènes – c’est dans la comarca NGäbe-Buglé que le niveau de pauvreté est le plus haut –, le manque de possibilités d’emploi et le fait que les autorités oublient ces populations ont conduit à enregistrer le niveau d’extrême pauvreté et de malnutrition le plus élevé dans cette comarca – plus de 96 pour cent – cela en raison du manque de possibilités d’emploi. Selon l’étude qui a été réalisée, ce secteur n’a accès ni à une alimentation adéquate, ni à l’eau potable, ni à l’électricité, et n’a quasiment pas accès à l’éducation.
Ainsi, en 2025, le Panama avait déjà perdu quelque 54 107 emplois formels. Entre 2023 et 2024, 3 nouveaux emplois sur 5 créés par l’économie étaient informels. Cette situation nous oblige, avec beaucoup de responsabilité, à soulever la question de savoir si le modèle de développement suivi par notre économie est le bon, dans un pays qui dispose de beaucoup de ressources et d’un potentiel à développer, mais où ni le nombre ni la qualité des emplois créés ne sont suffisants.
Nous, travailleurs syndiqués, nous avons souligné qu’il faut discuter des problèmes structurels du pays, mais notre position n’a pas été prise en compte. La situation tend à s’aggraver: les politiques de restriction des dépenses publiques et de contrôle budgétaire visent à privilégier le remboursement de la dette publique et privée, qui s’élève à plus de 56 milliards de dollars É.-U., en réduisant les postes budgétaires destinés à satisfaire les demandes sociales – eau, santé, éducation, emploi décent et d’autres demandes qui émanent des secteurs syndicaux et sociaux en général.
Alors que le produit intérieur brut (PIB) de la République du Panama est de quelque 63 milliards de dollars É.-U., et que l’indice des prix à la consommation (IPC) dépasse 13 500 dollars É.-U., la population souffre quotidiennement d’un manque d’eau, et quelque 250 000 personnes en sont privées dans les villes importantes de Panama et Colón. Vingt-deux pour cent des 3 200 établissements scolaires n’ont pas accès à Internet et 12 pour cent ne sont pas raccordés au réseau électrique, sans compter l’état déplorable des infrastructures de beaucoup d’écoles, qui ne permettent de garantir ni la qualité de vie ni l’accès de la population aux compétences requises sur le marché du travail.
De même, le système de santé publique est confronté à une crise des soins, des médicaments et d’autres services de base. De plus, le «marché du travail» comporte des problèmes complexes qui se traduisent par une mutation rapide des conditions de stabilité et de sécurité dans l’emploi, au détriment des travailleurs, de leurs organisations représentatives et des dirigeants, qui sont soumis à une forte pression politique et économique.
L’expansion rapide de «l’informalité du travail», ouvert et caché, qui touche 61,2 pour cent de la population active, s’ajoute à la politique antisyndicale scandaleuse que mènent les autorités chargées d’«appliquer les mécanismes de protection des travailleurs». Les politiques de déréglementation et de flexibilisation du travail se sont traduites par un taux de chômage de 9,2 pour cent. 22 pour cent seulement de la population active est occupée dans le secteur formel de l’économie; la majeure partie de la population active est exclue de la protection du régime de sécurité sociale, et ne bénéficie pas des prestations et des droits découlant de la relation de travail, tels qu’ils sont prévus dans notre législation.
Le 1er juillet 2024, un nouveau gouvernement, qui relève de la «droite libertarienne», est arrivé au pouvoir. Il s’identifie pleinement au secteur le plus conservateur de l’entrepreneuriat panaméen. Favorable à «l’entreprise privée», il agresse constamment le mouvement syndical, en violation des normes constitutionnelles, et ne tient aucunement compte de la dimension protectrice qu’a le droit du travail panaméen.
Le recours aux coupes budgétaires, ainsi que la baisse des dépenses et des investissements publics, en particulier dans des secteurs sensibles – santé, éducation, logement –, la suppression de programmes d’aide sociale, le licenciement massif de fonctionnaires, et la fermeture d’institutions publiques, entre autres, sont devenus des moyens politiques appliqués à l’encontre des secteurs sociaux qui réclament davantage d’emplois et des salaires dignes.
Parallèlement, la mise en place de mécanismes de contrôle contre les organisations sociales et syndicales, par le biais de politiques de pression, et le recours aux tribunaux pour faire taire les dirigeants qui réclament la création d’emplois constituent des pratiques quotidiennes – criminalisation des protestations sociales, par exemple – qui, dans certains cas, vont de pair avec des menaces ouvertes et, dans d’autres, avec des actions de pression.
Des dirigeants des syndicats enseignants font l’objet de poursuites judiciaires, sur la base d’enquêtes et de dossiers truqués. Des dirigeants d’organisations syndicales, qui, avec d’autres secteurs, réclament davantage de possibilités d’emploi et d’accès au marché du travail, font l’objet d’enquêtes pour «détournement de fonds publics». Des dirigeants de peuples originaires sont victimes d’intimidations, de pressions et de coercition qui visent les formes d’organisation et de lutte traditionnelles des peuples autochtones qui, de tout temps, ont été oubliés.
Pour conclure, chers compagnons, nous tenons à souligner que le programme par pays de promotion du travail décent, qui émane de l’OIT, dans le Plan national pour le travail décent, ne fonctionne pas. À cet égard, il a été démontré que les espaces de dialogue qui avaient été créés ponctuellement grâce à l’action de l’OIT, comme la commission tripartite du Panama qui était soutenue par la commission d’experts, ont été ignorés par le gouvernement précédent et le sont encore par le gouvernement actuel. Nous exigeons donc l’ouverture des espaces de dialogue qui découlent de la convention (nº 144) sur les consultations tripartites relatives aux normes internationales du travail, 1976, en particulier la commission tripartite qui, en son temps, a permis de renforcer les mécanismes de dialogue social au Panama, ainsi que le respect et la mise en œuvre fidèles de la convention.
Membre gouvernemental, Équateur – Je m’exprime au nom d’un groupe de pays d’Amérique latine et des Caraïbes composé du Chili, de la Colombie, du Costa Rica, d’El Salvador, du Honduras, du Guatemala, du Mexique, du Paraguay, du Pérou, de la République dominicaine et de mon pays, l’Équateur. Nous prenons note des informations actualisées et des données statistiques qui rendent compte des résultats des différents programmes actifs de promotion de l’emploi, informations qu’a communiquées le gouvernement de la République du Panama, représenté ici par sa ministre du Travail et du Développement professionnel.
Nous saluons les efforts constants déployés par le gouvernement panaméen pour mettre en œuvre une politique intégrale visant à promouvoir le plein emploi, productif et librement choisi.
Nous saluons les mesures prises pour promouvoir l’insertion professionnelle des jeunes et des personnes en situation de handicap, par des partenariats public-privé, ainsi que la participation des femmes au marché du travail, et nous encourageons la République du Panama à poursuivre dans ce sens.
Nous saluons également l’engagement du pays vers la numérisation de ses services publics de l’emploi et de l’observatoire du marché du travail, et vers la réglementation des agences de placement privées et l’instauration de formations et de certifications dans des secteurs clés tels que le tourisme et la logistique, en donnant la priorité à des zones vulnérables.
Il convient également de souligner le rôle de premier plan que joue la République du Panama, qui occupe la présidence pro tempore du Conseil des ministres du travail de l’Amérique centrale et de la République dominicaine. Cette instance de dialogue sous-régionale a adopté récemment un plan de travail qui met particulièrement l’accent sur le renforcement des services publics de l’emploi et des observatoires du marché du travail, et sur la formalisation du travail grâce à une approche multisectorielle qui tire tout le parti de la technologie, de la coopération internationale et de l’assistance technique.
Enfin, nous exprimons notre solidarité et notre soutien à la République du Panama dans les efforts qu’elle déploie en faveur de la reprise économique et de la création d’emplois, et nous reconnaissons les progrès qui sont réalisés face aux difficultés qu’a entraînées la pandémie, et à d’autres situations qui ont compromis la continuité des activités productives.
Membre employeur, Guatemala – Je remercie vivement la déléguée du gouvernement du Panama pour les informations fournies. L’économie informelle atteint des chiffres alarmants dans les pays de notre région. Le Panama n’est pas épargné et nous saluons la volonté politique dont ont fait preuve les partenaires sociaux et le gouvernement en signant le Mémorandum d’Entente pour le PPTD 2024-2027. C’est dans ce cadre qu’il faut décider des mesures à prendre et la suite à donner aux politiques de l’emploi prévues dans cette convention importante; en tenant compte, bien sûr, des aspects soulignés par la commission d’experts dans son rapport, à savoir la coordination avec la politique économique et sociale du pays, en particulier le Plan stratégique (PEG 2025-2029) qu’a mentionné la représentante gouvernementale, et la collecte de statistiques pour évaluer les résultats des politiques de l’emploi.
C’est dans cette commission qu’il convient de rechercher des solutions aux difficultés spécifiques signalées par la commission d’experts, c’est-à-dire la faible participation des femmes au marché du travail et le chômage des jeunes, qui est notre principale préoccupation.
Les blocages prolongés de routes nationales et les grèves illégales qui ont gravement compromis la stabilité de l’emploi et le fonctionnement des entreprises, en particulier les micro et petites entreprises, ne contribuent nullement à créer et à maintenir des emplois. Nous condamnons ces actes qui portent atteinte aux libertés du travail, à la liberté d’entreprendre, à la liberté de circulation et, en définitive, à la sécurité juridique.
Membre du gouvernement, El Salvador – Au nom du gouvernement d’El Salvador, nous exprimons notre reconnaissance à la République sœur du Panama pour sa mise en œuvre de la convention. Nous saluons les efforts déployés par le gouvernement pour garantir le droit au travail décent, au moyen de politiques publiques visant à promouvoir le dialogue et l’emploi productif et librement choisi, conformément à la Constitution du Panama et au cadre normatif international du travail.
En tant que pays membres du Conseil des ministres du travail de l’Amérique centrale et de la République dominicaine, nous avons eu l’occasion de connaître directement les bonnes pratiques du Panama, qui conjuguent éducation et politique de l’emploi. À cet égard, nous saluons le fait que le Panama a relevé avec responsabilité le défi de mener une action collective pour mettre en œuvre des politiques actives, modernes et innovantes de l’emploi, la numérisation des services publics d’intermédiation pour l’emploi, la promotion de l’égalité des chances ainsi que des stratégies intégrales pour passer de l’informalité à la formalité.
Nous tenons à souligner que cet engagement n’est pas isolé. Il s’inscrit dans une vision commune des pays de la région, qui reconnaît l’importance de faire face de manière coordonnée aux difficultés structurelles – transformation numérique, impacts du changement climatique et nécessité d’un investissement soutenu dans l’éducation et la formation professionnelle tout au long de la vie.
La modernisation des services publics de l’emploi et des observatoires du marché du travail est un objectif que nous poursuivons ensemble, afin d’être plus près de la population. Voilà des instruments indispensables pour garantir le succès des politiques de l’emploi, le travail décent, un dialogue social efficace et la protection des travailleurs.
Nous soutenons avec enthousiasme et confiance l’action de notre voisin, le Panama, qui cherche à promouvoir un programme national et régional axé sur les personnes, et nous l’encourageons à poursuivre l’action nécessaire pour mettre en œuvre effectivement les conventions internationales. Nous espérons continuer à partager nos bonnes pratiques dans les espaces régionaux futurs, et nous y sommes disposés.
Membre travailleur, Canada – Je m’exprime au nom du Congrès du travail du Canada. Le rapport de la commission d’experts sur l’application de la convention au Panama indique clairement le besoin d’une politique de l’emploi cohérente, et soutenue par un dialogue social tripartite, qui garantisse un emploi productif et librement choisi. Mais ce que nous constatons aujourd’hui au Panama c’est une contradiction profonde entre ces principes et la réalité nationale. Il est impossible de mener une politique de l’emploi fondée sur le dialogue si la liberté syndicale n’est pas garantie d’emblée. Au Panama, malheureusement, elle n’est pas garantie. Les membres travailleurs souhaitent exprimer leur profonde préoccupation face aux mesures agressives dont font l’objet des organisations syndicales panaméennes: gel de leurs comptes bancaires, intervention dans leurs mutuelles, poursuites judiciaires contre des dirigeants, arrestations arbitraires et répression de manifestations. Tout cela est fait avec le soutien du gouvernement, dont il se vante, qui a déclaré publiquement et ouvertement son refus d’engager le dialogue avec le mouvement syndical. Cette situation, incompatible avec les valeurs fondatrices de cette Organisation, porte atteinte non seulement à la liberté syndicale, mais aussi à toute possibilité réelle de formuler une politique de l’emploi participative, inclusive et efficace. Nous exhortons donc cette commission à envoyer un signal clair. Et nous demandons au Bureau de faire tout son possible pour apporter au Panama une assistance technique et l’accompagner, dans le but de rétablir les conditions minimales de légalité, de dialogue social et de paix. Les travailleurs du Panama ne sont pas seuls. Cette commission doit contribuer à ouvrir la voie à une solution.
Membre employeur, Costa Rica – Les employeurs costariciens apprécient l’occasion qui leur est donnée de s’exprimer ici pour examiner le cas du Panama, dans le cadre du suivi de l’application de la convention. Conformément au mandat de cette Organisation, la promotion de politiques actives de l’emploi doit s’inscrire dans une perspective intégrale, qui tienne compte tant des progrès institutionnels que des difficultés structurelles. Nous reconnaissons les efforts substantiels que déploie la République du Panama pour renforcer sa stratégie nationale pour l’emploi, dans le cadre du PPTD 2024-2027. Parmi les initiatives les plus remarquables, on citera des politiques en faveur de l’emploi des jeunes, la création de l’Observatoire national du travail, le lancement de programmes d’orientation professionnelle et tout un ensemble de mesures concrètes destinées à promouvoir l’égalité de genre sur le marché du travail. En outre, le dialogue social a été renforcé à la suite de réunions tripartites actives. Il convient de souligner tout particulièrement le rôle du CONEP, qui est engagé dans le développement du pays. Sa participation, technique, constante et constructive, a contribué à la conception et au suivi de politiques publiques de l’emploi, et il promeut les principes du développement économique durable et d’un emploi digne.
Toutefois, il convient également de souligner que l’action visant à créer des conditions propices à l’emploi formel et productif a été entravée par des facteurs externes indépendants de la volonté des employeurs: entre autres, on mentionnera la déclaration d’inconstitutionnalité du contrat minier, les blocages prolongés de routes nationales et les grèves illégales qui ont gravement affecté la stabilité de l’emploi et le fonctionnement d’entreprises, en particulier des micro et petites entreprises. Ces actes, souvent commis en marge du dialogue social, ont porté atteinte au droit au travail, à la libre entreprise et à la sécurité juridique. En tant qu’employeurs, nous ne pouvons négliger le fait que ces circonstances menacent gravement la création d’emplois formels, l’investissement et la paix sociale. Sans un cadre prévisible et sans le plein respect de l’État de droit, il est impossible de progresser dans le domaine à l’examen. Les employeurs costariciens expriment leur profonde solidarité avec leurs homologues panaméens et soulignent la nécessité d’analyser l’action qui est menée pour mettre en œuvre la convention dans son contexte réel. Il ne peut y avoir d’emploi productif ni de politiques efficaces si les principes de légalité et de coexistence pacifique qui fondent le développement sont enfreints. Nous sommes donc convaincus que cette commission saura reconnaître les progrès réalisés par le Panama ainsi que l’engagement des employeurs. Nous considérons que, dans le cas à l’examen, les faits évoqués ne constituent pas un manquement à des obligations, et que le processus dynamique, qui existe, nécessite le soutien de toutes les parties intéressées, c’est-à-dire du système tripartite lui-même.
Membre travailleur, Argentine – Je m’exprimerai au nom des trois centrales syndicales argentines – la Confédération générale du travail (CGT), la Centrale des travailleurs de l’Argentine (CTA) et mon organisation, la Centrale des travailleurs de l’Argentine autonome (CTA-A) – ainsi qu’au nom des centrales brésiliennes. Dans le cas du Panama, la commission d’experts a formulé plusieurs observations qui mettent en évidence d’importantes lacunes dans l’accès à l’emploi et les conditions de travail, le taux élevé d’informalité, la précarité croissante des contrats, le chômage des jeunes et la faible participation des femmes au marché du travail, ce qui montre l’échec du Plan stratégique du gouvernement pour l’emploi 2020-2024, ainsi que d’autres dispositifs, par exemple le registre national des travailleurs indépendants, qui était censé faire baisser les taux d’informalité; de plus, le Programme national de promotion du travail décent de l’OIT est au point mort.
Comme le souligne la commission d’experts dans son rapport, le CONATO a dénoncé l’absence d’une stratégie de l’emploi définie avec les partenaires sociaux, ce dont témoignent le taux élevé d’informalité, les contrats temporaires, la forte concentration de l’économie dans certains secteurs et régions, ainsi que les inégalités territoriales, ethniques et de genre. Comme nous l’avions présagé, les indicateurs continuent de montrer que les politiques de l’emploi élaborées par le gouvernement ont été, on pouvait s’y attendre, inefficaces et inappropriées pour atteindre les objectifs fixés à l’article 1 de la convention. C’est pourquoi le gouvernement n’admet ni les critiques ni les désaccords, et tente par tous les moyens d’empêcher les actions syndicales qui mettent en évidence l’échec des programmes publics d’emploi. Ce qui explique les mesures répressives – persécution de dirigeants, incendie de locaux syndicaux, étranglement financier – qui ont toutes été dénoncées par la Confédération nationale de l’unité syndicale indépendante (CONUSI) et par le Syndicat unique des travailleurs de l’industrie de la construction et des secteurs apparentés (SUNTRACS) devant le Comité de la liberté syndicale (cas no 3456). Il est fait état, dans ce cas du Comité de la liberté syndicale, de l’assassinat de quatre personnes qui participaient aux manifestations, d’arrestations arbitraires, d’actes d’intimidation contre des dirigeants syndicaux et de la clôture de leurs comptes bancaires, en représailles de leur participation aux manifestations.
Voilà qui s’éloigne de plus en plus du respect des politiques de l’emploi énoncées à l’article 3 de la convention, et de l’obligation, que cet article prévoit, de consulter les organisations d’employeurs et de travailleurs. Le gouvernement a déclenché une politique de persécution grave et inadmissible. Non seulement il enfreint la convention, qui fait l’objet d’une observation de la commission d’experts, mais le conflit s’est aggravé avec la violation de la liberté syndicale et des libertés publiques. Ce n’est pas un hasard si les taux d’informalité ont augmenté, pour atteindre 49 pour cent, et si le taux de chômage est passé de 7,4 pour cent à 9,5 pour cent, selon l’Institut national de statistique et de recensement (INDEC). C’est en respectant la convention que l’on crée des emplois et non en portant atteinte aux libertés publiques et à la liberté syndicale, ni en perpétrant des actes de répression sauvage, comme cela a été le cas ces jours-ci contre les communautés originaires.
En somme, le gouvernement continue de violer la convention. Ses politiques économiques de croissance ne créent pas d’emplois ni n’améliorent la situation des travailleurs et des travailleuses. Les inégalités structurelles liées à des problèmes ethniques, régionaux et de genre restent inchangées. Le gouvernement poursuit sa politique de répression au lieu de privilégier le dialogue social et la consultation tripartite. Enfin, nous exigeons la fin des persécutions et des mesures d’étranglement financier, ainsi que la libération des dirigeants qui sont détenus.
Membre gouvernemental, Équateur – La délégation de l’Équateur remercie la commission de lui donner l’occasion d’intervenir dans le cadre de l’examen de la Convention sur la politique de l’emploi. L’Équateur reconnaît les progrès accomplis par le Panama dans l’élaboration et la mise en œuvre de politiques publiques visant à promouvoir le plein emploi, productif et librement choisi, conformément aux principes de cette convention. Nous saluons tout particulièrement l’approche intégrale adoptée par le Panama, qui articule éducation et formation professionnelle, et vise à renforcer les services publics de l’emploi grâce à la transformation technologique, sans exclure personne. Le ministère du Travail de l’Équateur observe avec grand intérêt les initiatives que le Panama a prises en ce qui concerne la politique migratoire et la migration circulaire à des fins d’emploi, en partenariat avec d’autres pays de la région. Nous estimons que ces initiatives constituent de bonnes pratiques qui contribuent non seulement à une mobilité professionnelle sûre et organisée, mais aussi au développement économique et à la cohésion sociale de tous nos pays. Nous saluons l’engagement du pays en faveur d’investissements dans des mégaprojets qui permettent de dynamiser l’économie et de créer des emplois, ainsi que les partenariats public-privé qui accroissent la participation du secteur productif dans toutes les politiques du travail. Nous apprécions aussi l’élaboration de programmes axés sur l’inclusion professionnelle des personnes en situation de handicap, ainsi que les initiatives mises en œuvre en coordination avec les mesures de justice communautaire et de paix, qui favorisent l’accès à l’emploi dans des situations de grande vulnérabilité sociale, et renforcent ainsi les liens entre emploi, cohésion sociale et développement territorial.
Nous réitérons notre reconnaissance au Panama pour son engagement en faveur de la mise en œuvre effective de la convention et appelons à ce que cet examen soit mené dans un esprit constructif. Nous saluons les efforts déployés et la volonté constante du pays de continuer à renforcer ses politiques de l’emploi, avec l’assistance du BIT et la participation de tous les partenaires sociaux.
Membre employeur, Honduras – C’est un honneur pour moi de m’adresser à vous pour souligner les progrès significatifs qu’a réalisés le Panama dans la politique du travail, et en particulier dans le respect de la convention. Cette convention demande aux États d’adopter des politiques actives de l’emploi dont l’objectif principal est de promouvoir le plein emploi, productif et librement choisi. Selon nous, le Panama a intégrés ces principes avec sérieux et détermination dans sa politique de l’emploi. Grâce à l’étroite collaboration du secteur privé représenté par le CONEP, nous avons pu constater les progrès importants réalisés pour consolider au Panama un marché du travail fondé sur la stabilité, la formalité et le respect des droits au travail. Nous sommes heureux de constater que, selon les informations fournies par le gouvernement et confirmées par les représentants des employeurs de ce pays, des programmes emblématiques ont été lancés, tels que les programmes de soutien à l’insertion professionnelle «Aprender haciendo» (Apprendre en faisant) et «Yo sí cumplo» (Je respecte mes engagements), qui sont directement liés aux employeurs, et le programme d’orientation professionnelle et d’emploi (POVE). Ces programmes, en vigueur de 2019 à 2024, ont joué un rôle essentiel dans la promotion de la formation et de l’employabilité et dans la reconnaissance des bonnes pratiques dans le domaine du travail.
En outre, le Plan stratégique pour l’emploi 2020-2024 et le PPTD 2024-2027 réaffirment l’engagement en faveur d’un dialogue tripartite inclusif, dans lequel le gouvernement, les employeurs et les travailleurs participent activement à l’élaboration de politiques du travail efficaces et adaptées aux besoins du pays. Ce n’est que dans un climat de respect et de dialogue constructif que les politiques publiques peuvent atteindre leurs objectifs, bénéficier à l’ensemble de la population et renforcer la stabilité que le Panama a su instaurer tout au long de son histoire. À cet égard, il est essentiel de souligner l’importance du respect des droits et des garanties de tous les citoyens, en particulier quand des manifestations et des barrages routiers entravent la liberté de circulation des personnes et, par conséquent, le droit au travail – rappelons qu’aucun droit n’est absolu et que tous les droits sont limités par les droits d’autrui –, d’assurer la sécurité de tous et de satisfaire aux exigences légitimes du bien-être général et de la démocratie.
En résumé, le Panama met en évidence, ouvertement et avec détermination, son action pour maintenir un marché du travail solide, équitable et durable, en mettant en œuvre des politiques actives de l’emploi, élaborées en collaboration avec les différents partenaires sociaux, en particulier avec les employeurs du Panama. C’est pourquoi nous ne cessons pas d’encourager ces acteurs à continuer de respecter la convention dans un cadre inclusif.
Membre travailleur, Suède – Je m’exprime au nom des travailleuses et des travailleurs de la région nordique. Aujourd’hui, je veux faire entendre ma voix pour les femmes du Panama qui continuent d’être exclues du marché du travail formel, tant pour ce qui est de l’emploi que des consultations. Comme l’a noté la commission d’experts, bien que le gouvernement ait adopté des plans, la réalité est que les inégalités de genre persistent, et cela de manière alarmante. En 2023, selon les données du Département de la statistique du BIT, 46,1 pour cent seulement des femmes occupaient un emploi, contre 70,4 pour cent des hommes. Ces chiffres ne sont pas seulement des statistiques, ils reflètent une structure économique qui continue d’exclure et qui reste inégalitaire. Par conséquent, la forte concentration des femmes dans l’économie informelle montre que les politiques actuelles ne réussissent pas à transformer les conditions structurelles qui perpétuent les inégalités dans la société.
Soyons clairs: selon l’article 3 de la convention, que la République du Panama a ratifiée, les gouvernements sont tenus de consulter les partenaires sociaux lors de l’élaboration des politiques de l’emploi. Or, au Panama, ces consultations sont limitées et, souvent, symboliques. L’absence d’un dialogue social adéquat sape la légitimité et l’efficacité des politiques publiques en faveur du marché du travail, y compris celles qui visent à renforcer la situation des femmes. Nous sommes aussi préoccupés par l’évolution de la situation au Panama, où les représentants syndicaux font l’objet de persécutions. Nous nous demandons comment les syndicats peuvent être consultés, comme le prévoit la convention, alors que leurs dirigeants sont persécutés. Pour conclure, les syndicats nordiques s’alignent sur les recommandations et les demandes formulées par la commission d’experts au sujet de la participation des femmes au marché du travail, et demandent en particulier des informations sur les consultations menées avec les partenaires sociaux.
Membre gouvernemental, Costa Rica – La délégation gouvernementale du Costa Rica remercie la commission de lui donner l’occasion d’intervenir et tient à exprimer son soutien à la République du Panama dans le cadre de l’examen de l’application de la convention. Nous apprécions les efforts déployés par le gouvernement pour renforcer ses politiques publiques de l’emploi, compte étant tenu des difficultés structurelles et conjoncturelles dans la région. Nous avons pu constater la volonté du Panama de favoriser un espace de dialogue à l’échelle de la sous-région, afin d’enrichir sa conception et son approche du dialogue, à l’échelle nationale, en échangeant de bonnes pratiques et des données d’expériences au sein du Conseil des ministres du travail de l’Amérique centrale et de la République dominicaine. Un accord sous-régional a été conclu récemment, afin que le Plan d’action 2025-2027 se concentre sur le renforcement des systèmes publics de l’emploi, l’inspection du travail et la formalisation, dans le but d’unir les efforts déployés pour construire un environnement de travail plus juste, plus équitable et plus résilient. Nous soulignons en particulier les échanges techniques qui ont été favorisés, et qui se poursuivront dans les années à venir, dans les domaines des services publics de l’emploi, de la formation professionnelle, des programmes actifs du marché du travail et des stratégies de formalisation, domaines dans lesquels le Panama a démontré sa détermination à s’améliorer sans cesse.
Nous tenons à souligner, dans le cadre de notre étroite collaboration bilatérale, l’action conjointe que le Costa Rica et le Panama mènent en application de l’accord sur le mécanisme de coordination, qu’ont conclu en 2015 les ministères du Travail, pour coordonner les flux migratoires à des fins d’emploi et d’occupation. Cet accord a établi une commission technique bilatérale chargée d’analyser et de promouvoir les bonnes pratiques et des mesures ascendantes destinées à améliorer la traçabilité des flux migratoires de la population Ngäbe-Buglé, qui, depuis longtemps, migre du Panama vers le Costa Rica pendant la saison de la récolte du café. Dans ce cadre technique, les deux pays ont pris des engagements pour garantir une migration de main-d’œuvre sûre et organisée, qui sont axés sur la protection des droits humains.
Cette initiative traduit un engagement réel des deux États en faveur de la promotion de l’emploi décent, de l’insertion professionnelle et du recrutement éthique, ainsi que de la coordination régionale des politiques publiques, conformément aux principes de la convention. À cet égard, nous demandons instamment à la commission d’examiner le cas dans une optique équilibrée et constructive, de reconnaître les résultats obtenus et de formuler des recommandations qui contribueront certainement à renforcer les capacités nationales pour élaborer et mettre en œuvre des politiques de l’emploi efficaces. De même, nous soulignons la valeur ajoutée des actions menées sur la base du dialogue tripartite, avec l’assistance technique du BIT lorsque cela est nécessaire et approprié. Le Costa Rica réitère sa détermination à renforcer le travail décent dans notre sous-région, et à continuer de collaborer avec le Panama et les autres pays frères pour promouvoir des politiques publiques intégrales, résilientes et durables, et élaborées sur la base du dialogue social.
Membre travailleuse, Pérou – Je m’exprime au nom des centrales syndicales du Pérou et de la Confédération syndicale des travailleurs et travailleuses des Amériques (CSA). Ayant constaté l’absence d’une stratégie pour l’emploi définie par les partenaires sociaux, et de coordination entre les programmes destinés à promouvoir les possibilités d’emploi, ainsi que l’absence de continuité des plans de développement – nous ne reviendrons pas maintenant sur les initiatives isolées qui ont été évoquées dans cette salle – la commission d’experts a pris note avec intérêt de la signature, le 8 avril 2024, du Mémorandum d’Entente pour le programme par pays de promotion du travail décent (PPTD) 2024-2027 par le gouvernement et les partenaires sociaux, parmi lesquels des représentants de la Commission nationale pour l’emploi décent (CONED), du CONATO et de la Confédération nationale de l’unité syndicale indépendante (CONUSI), avec la participation du BIT. Il s’agit là d’un espace tripartite pour examiner les politiques de l’emploi. Comme nous le voyons, cette initiative a été menée dans le cadre d’un dialogue social, d’une consultation tripartite et avec la coopération et l’assistance technique du BIT, que nous avions saluée alors. Mais, aujourd’hui, et nous déplorons cette situation, alors qu’un peu plus d’un an s’est écoulé, le gouvernement a paralysé la mise en œuvre du programme de travail décent et la commission tripartite de suivi. Rappelons que ce programme constitue le cadre principal pour traduire dans les faits les quatre piliers de l’agenda du travail décent: emploi, sécurité sociale, dialogue social et droits fondamentaux. Il est donc important. Nous sommes passés d’un climat de dialogue social à un climat de répression et de persécution de dirigeants syndicaux, en raison des critiques ou des désaccords qu’ils ont exprimés pour défendre le travail décent – par exemple, leur désaccord avec une réforme de la sécurité sociale qui a été adoptée sans consultations – et faire respecter la liberté syndicale, entre autres.
Il y a eu d’abord un discours gouvernemental prononcé alors par la ministre du Travail, qui avait mis en avant des politiques publiques de l’emploi et de l’occupation, dans une perspective de respect des droits humains destinée à garantir toujours le respect des droits fondamentaux dans les relations de travail. Or nous sommes passés de ce discours du gouvernement à des actions qui ne favorisent pas l’emploi mais qui affectent la liberté syndicale, affaiblissent les organisations syndicales et criminalisent les protestations, situation que nous connaissons déjà (cas no 3456 du Comité de la liberté syndicale). Par conséquent, ce n’est pas seulement la convention qui est enfreinte mais aussi d’autres conventions fondamentales telles que la convention (nº 87) sur la liberté syndicale et la protection du droit syndical, 1948, ainsi que la convention (nº 144) sur les consultations tripartites relatives aux normes internationales du travail, 1976. Il serait donc important que le gouvernement reprenne le chemin du dialogue social en vue de l’élaboration de politiques de l’emploi, avec l’assistance technique du BIT, bien sûr, et avec des garanties minimales permettant la participation des organisations syndicales (afin qu’elles disposent notamment de dispositifs de participation et de moyens économiques, en libérant notamment leurs cotisations syndicales, et en réactivant la commission tripartite de suivi du programme de travail décent. Pour être mise en œuvre, la politique de l’emploi doit coïncider avec une politique économique et sociale, menée dans un pays sans conflits sociaux et ouvert au dialogue social, dans un pays qui promeut le travail décent et ses quatre piliers, en particulier en respectant sans restriction la liberté syndicale. Enfin, je tiens à souligner que les membres travailleurs déplorent que le gouvernement ne favorise pas le dialogue social, et que les travailleurs et travailleuses panaméens sans emploi, qui n’ont d’autre choix que revendiquer dans la rue leurs droits fondamentaux, ne soient pas entendus.
Membre gouvernemental, Honduras – Nous avons examiné le rapport présenté par la République du Panama, la demande d’informations des travailleurs et des employeurs et les réponses respectives fournies pendant la période d’application régulière. Comme nous le savons, la convention vise à promouvoir le plein emploi, productif et librement choisi. À cet égard, nous saluons les efforts déployés par le Panama pour concevoir et mettre en œuvre une politique de l’emploi, en consultation avec les partenaires sociaux et conformément à ses priorités nationales de développement.
Nous saluons les résultats obtenus par la République du Panama en ce qui concerne les programmes publics pour l’emploi, qui ont permis d’organiser, au cours du second semestre 2024, 52 journées de recrutement ciblé à l’échelle nationale, et de proposer ainsi 2 021 postes vacants, et, au cours de 2025, 60 journées dans des bureaux régionaux – 4 685 postes vacants ont été proposés. De même, nous avons appris, dans le cadre du Conseil des ministres du travail de l’Amérique centrale et de la République dominicaine, comment les stratégies de formation professionnelle et d’insertion professionnelle, ainsi que la collecte et l’analyse des données sur le marché du travail, constituent des éléments essentiels pour renforcer les systèmes publics de l’emploi. Nous réaffirmons que l’ensemble des politiques de l’emploi doivent viser sans relâche à renforcer la stabilité et les droits au travail des travailleurs.
Nous reconnaissons qu’il existe des difficultés et des défis à surmonter dans ce domaine, car la stagnation due à la pandémie de COVID-19 se poursuit. C’est pourquoi nous faisons bon accueil à toute l’assistance technique que le BIT pourra apporter pour renforcer les systèmes publics de l’emploi, les observatoires du marché du travail et les tables de dialogue tripartite. Ce dernier élément est déterminant pour promouvoir la coexistence démocratique. Pour continuer à progresser, il est important de donner la priorité au dialogue social, avec les travailleurs qui fournissent leur force de travail et les employeurs qui apportent le capital.
Membre travailleur, Uruguay – Je m’exprime en tant que délégué des travailleurs de l’Uruguay, en particulier du secteur de l’éducation. La convention dispose dans son préambule que «l’emploi productif et librement choisi» doit être un objectif fondamental de toute politique économique et sociale, et l’article 3 exige de consulter effectivement les partenaires sociaux. Toutefois, au Panama, cette condition fondamentale n’est pas remplie. Depuis le 23 avril, les syndicats du secteur de l’éducation, en particulier les syndicats d’enseignants, mènent une grève illimitée pour demander l’abrogation de la loi no 462 sur la sécurité sociale. Depuis six semaines, des milliers d’enseignants ont perdu des jours de travail et leur salaire, et le gouvernement criminalise leurs protestations. La pression ne s’arrête pas là et des enseignants sont poursuivis en justice, détenus arbitrairement et réprimés lors de manifestations publiques. Le ministère de l’Éducation, avec le soutien du gouvernement, a déclaré qu’il ne négocierait pas. Cette situation est incompatible avec l’application effective de la convention. Il ne peut y avoir de politique de l’emploi durable ni de système éducatif solide si l’État persécute les personnes qui éduquent et qui représentent les travailleurs. Réprimer au lieu de dialoguer entrave le consensus social et sape les politiques publiques. Rappelons que la capacité d’un pays de stimuler l’emploi dépend de la présence d’interlocuteurs légitimes, organisés et libres. Or le Panama affaiblit l’un des trois piliers du tripartisme, à savoir les travailleurs.
La défense politique exprimée par les employeurs dans cette salle semble le confirmer. Les employeurs vont jusqu’à utiliser des concepts téméraires tels que celui de «grève illégale», ce qui revient à vouloir faire admettre, par la force, que l’éducation constitue un service essentiel, ou affirment que des décisions judiciaires qui visent à faire respecter la Constitution de la République contribuent à alimenter le problème. Face à cette réalité, les membres travailleurs demandent à cette commission d’appeler de toute urgence le gouvernement panaméen à mettre immédiatement fin à la répression contre les syndicats enseignants, à libérer les enseignants poursuivis en justice, à établir des garanties de sécurité et à ouvrir un véritable dialogue social tripartite conforme aux prescriptions de l’article 3 de la convention. En outre, nous appelons l’OIT à intervenir immédiatement en tant que médiateur dans le conflit, afin de réorienter la discussion dans le sens de la paix sociale, de l’inclusion et du développement. C’est la crédibilité du système tripartite qui est en jeu.
Membre travailleuse, France – Je tiens à exprimer notre vive préoccupation concernant la situation au Panama, qui affecte directement les dispositions de la convention no 122 de l’OIT sur la politique de l’emploi. Cette convention souligne l’importance d’une politique active pour promouvoir le plein emploi et, principalement, la nécessité de consulter les représentants des employeurs et des travailleurs pour y parvenir. Cependant, au Panama, la capacité des organisations syndicales à participer à ce dialogue social est sérieusement affectée. La restriction de l’accès aux fonds syndicaux, comme cela a été le cas pour le syndicat SUNTRACS, entrave le fonctionnement des syndicats, ce qui conduit à limiter leur capacité à représenter efficacement les travailleurs lors des consultations sur les politiques de l’emploi.
De plus, les actions qui ont affecté les leaders et dirigeants syndicaux, y compris les détentions arbitraires et la non-habilitation de structures de soutien comme les coopératives, créent un environnement qui ne favorise pas la participation libre et effective des travailleurs au dialogue social. Le gouvernement du Panama a même renforcé les restrictions sur les ressources dont disposent les syndicats pour mener à bien leur travail de dialogue social. Le gouvernement a ainsi limité l’accès aux ressources économiques des syndicats, par le gel arbitraire des comptes syndicaux (comme c’est le cas pour le SUNTRACS). Comme le stipule la convention no 122 de l’OIT, la promotion d’un emploi plein et productif exige un dialogue social robuste et sans entraves. Lorsque les organisations de travailleurs sont empêchées de fonctionner librement, sont empêchées de disposer de leurs ressources et sont empêchées de participer, la base essentielle pour construire des politiques d’emploi équitables est affaiblie. Pour toutes ces raisons, il est fondamental de rétablir au Panama des conditions permettant d’instaurer un véritable dialogue social et garantissant la pleine participation des représentants des travailleurs, conformément aux dispositions de la convention no 122 de l’OIT.
Membre travailleur, Costa Rica – Au nom des travailleurs, j’exprimerai notre profonde préoccupation face à la situation au Panama, au regard des principes de la convention. Je souhaiterais mettre l’accent sur deux points essentiels pour assurer le respect de convention: la mise en œuvre réelle d’une politique de l’emploi intégrale, qui couvre toutes les personnes sur le marché du travail, et assure le dialogue social et la participation active des acteurs du tripartisme à cette politique.
Dans le premier cas, l’absence d’une politique de l’emploi intégrale est claire et manifeste. Il n’y a ni plan national pour l’emploi ni politique intégrale de l’emploi pour répondre aux besoins de la population en général, et des jeunes en particulier. Les programmes du gouvernement sont plus bureaucratiques qu’efficaces, et il n’y a pas de données ou de statistiques suffisantes pour en évaluer la pertinence, les résultats réels et l’impact sur l’insertion professionnelle. Ces programmes sont souvent utilisés pour réduire les coûts des entreprises et précariser l’emploi et le recrutement. Ces programmes n’ont pas fait l’objet de consultations tripartites, sont disparates et ne s’inscrivent pas de manière cohérente dans un cadre intégral de politiques d’investissement favorables à l’emploi. La négociation collective est tenue à l’écart de ces programmes, qui n’incluent pas non plus la transition vers le secteur formel et ne tiennent pas suffisamment compte de la dimension de genre.
Deuxièmement, il est indéniable qu’il n’y a ni dialogue social ni consultation tripartite dans ce domaine. Le programme de travail décent est au point mort et ne fait aucun progrès. Les organisations syndicales sont exclues de l’élaboration, de l’adoption et de la mise en œuvre d’une politique intégrale de l’emploi. De plus, l’absence de liberté syndicale et les assauts du gouvernement contre les organisations syndicales et leurs dirigeants rendent impossible le dialogue social. Les droits syndicaux sont profondément enfreints, privant ainsi le syndicalisme de ses moyens de renforcement institutionnel: à titre d’exemple, le versement de l’assurance éducative a été suspendu – cette assurance est financée par les cotisations des travailleurs et doit être versée aux organisations syndicales aux fins de leurs activités de formation et de renforcement des capacités, ce qui est essentiel pour traiter la question de l’emploi décent et contribuer à résoudre les problèmes. Selon les observations de la commission d’experts, manifestement, aucun progrès n’a été identifié. Le problème de l’emploi s’est aggravé, d’où une détérioration accrue du niveau de vie des travailleurs. Le plus grave est l’absence de dialogue, en particulier avec le syndicalisme, ce qui l’empêche d’y participer démocratiquement et de faire respecter la liberté syndicale, et aussi le fait que les centrales syndicales continuent de faire l’objet d’agressions constantes du gouvernement. Nous demandons à cette commission de prendre note de cette terrible réalité et de demander au gouvernement de: respecter les principes de la convention; permettre la participation tripartite, qui est indispensable pour adopter une politique intégrale de l’emploi; cesser immédiatement ses attaques arbitraires contre les organisations syndicales et leurs dirigeants; et garantir la liberté syndicale en tant que pilier du dialogue social.
Membre travailleur, Mexique – Je m’exprime au nom de l’Union nationale des travailleurs du Mexique (UNT). La convention, et la recommandation qui l’accompagne, sont des instruments fondamentaux pour la gouvernance: ils établissent des principes pour parvenir à un développement durable axé sur l’emploi, en mettant notamment l’accent sur la promotion de l’emploi décent dans les services publics et privés, la protection sociale et le dialogue social.
L’absence d’application de ces principes essentiels dans l’élaboration de cadres cohérents, intégraux et intégrés de politiques de l’emploi a eu de graves conséquences, comme celles de la mise en œuvre de réformes dans le domaine de la protection sociale. Ainsi, le nombre requis de semaines de cotisation pour avoir le droit de partir en retraite a été accru. Par ailleurs, la gestion, par des banques privées, de 10 pour cent des fonds du programme de protection en cas d’invalidité, de vieillesse et de décès (IVM) a été autorisée, ce qui menace le modèle solidaire de la sécurité sociale au Panama. De plus, les mesures qui visent les avoirs des organisations syndicales, à savoir la retenue des cotisations syndicales, réduisent leur capacité économique, ce qui affaiblit leur capacité de mettre en œuvre leur plan d’action et, par conséquent, restreint la liberté syndicale. Autre exemple: les audits réalisés dans les syndicats pour contrôler l’utilisation du Fonds d’assurance éducative. Il convient de préciser que ce fonds est constitué uniquement par les cotisations des travailleurs, des secteurs public et privé, et celles des employeurs. Ces cotisations sont prélevées sur les salaires de base qui sont versés, et seulement 5 pour cent du montant total mensuel des cotisations est consacré à l’éducation et à la formation syndicales. D’autres activités sont financées par des fonds, par exemple le service administratif et les effectifs de l’Institut panaméen d’études du travail (IPEL), qui gère le Fonds et fait partie du ministère du Travail et du Développement professionnel. Il convient de souligner que l’IPEL n’a fait l’objet d’aucun audit, contrairement aux organisations syndicales. Sous prétexte de l’utilisation abusive de ressources, les fonds destinés à des activités de formation, approuvées et mises en œuvre, ont été illégalement retenus. D’autres dépenses sont gelées, comme cela a déjà été le cas au Panama il y a plus de treize ans, après la 101e Conférence de l’OIT en 2012.
La persécution de dirigeants syndicaux et d’autres organisations complique encore plus l’exercice du dialogue social dans le pays et, donc, le droit à la négociation collective, laquelle est un principe fondamental pour élaborer des politiques de l’emploi. Cette persécution a conduit des travailleurs de différents secteurs à choisir d’exercer le droit fondamental qu’est la grève. Cette situation témoigne de la volonté de limiter et d’entraver la participation des organisations syndicales à l’élaboration des politiques publiques en faveur d’un emploi décent. Comment participer à l’élaboration de politiques publiques efficaces et cohérentes axées sur la création d’emplois si les syndicats et leurs dirigeants sont persécutés? Par conséquent, pour que les mesures prises au Panama soient considérées comme efficaces et cohérentes afin d’assurer le respect de la convention, il est essentiel de garantir dans la pratique le tripartisme lors de l’élaboration, de la mise en œuvre et de la révision des politiques de l’emploi. On peut considérer que ces politiques, élaborées sans qu’il n’y ait eu de consensus entre les secteurs, l’ont été de mauvaise foi.
Observateur, Confédération syndicale internationale (CSI) – Je m’adresse à cette commission au nom des organisations syndicales du Panama affiliées à la Confédération syndicale des Amériques. La situation que notre pays traverse nous préoccupe profondément. Non seulement il enfreint de manière structurelle la convention mais il est aussi entré dans une phase alarmante de criminalisation ouverte de l’activité syndicale. La convention établit, à son article 3, l’obligation des États de consulter les partenaires sociaux lors de l’élaboration et de la mise en œuvre de la politique de l’emploi. Le dialogue social est-il possible quand les syndicats sont persécutés comme s’ils étaient des délinquants ? Je tiens à parler sans ambages de la situation actuelle du SUNTRACS, l’une des organisations les plus importantes de notre pays. Son secrétaire général, M. Saul Méndez, a trouvé refuge à l’ambassade de l’État plurinational de Bolivie, après avoir été l’objet de menaces de mort et victime d’une campagne systématique de persécution politique et judiciaire. L’OIT doit savoir qu’il ne s’agit pas là d’une dénonciation isolée, mais d’une situation critique et vérifiable.
De plus, un autre dirigeant national du syndicat, Genaro López, a été détenu dans une prison de haute sécurité mais, en raison de son état de santé, il est aujourd’hui assigné à résidence. Le véritable motif de sa détention est qu’il est syndicaliste et qu’il lutte pour les droits collectifs. Les autorités panaméennes sont allées jusqu’à offrir des récompenses pécuniaires aux personnes susceptibles de donner des informations pour retrouver des dirigeants syndicaux, par exemple M. Erasmo Cerrud, comme s’ils étaient de dangereux criminels. Comme si cela ne suffisait pas, le gouvernement a bloqué les comptes bancaires du SUNTRACS, ce qui affecte directement son fonctionnement et sa capacité d’assurer des services essentiels tels que la mutuelle autogérée de santé et de prévention sociale que le syndicat a mise en place au fil des décennies. Il s’agit là d’une atteinte directe aux droits syndicaux, au droit à la négociation collective et à la liberté syndicale. Autant de répression institutionnalisée ne laisse aucune marge pour appliquer la convention. Les conditions ne sont pas réunies pour un dialogue social. Il est impossible de mettre en place des politiques de l’emploi durables, participatives et fondées sur la coopération tripartite, lorsque les travailleurs, qui sont des acteurs fondamentaux du tripartisme, sont persécutés, réduits au silence et privés de ressources.
Nous voulons dire très clairement qu’il n’y a pas de politique de l’emploi sans liberté syndicale, et pas de dialogue social lorsque le gouvernement refuse publiquement tout espace de négociation et se vante d’«étouffer économiquement les syndicats», comme l’a déclaré le président de la République lui-même dans des médias. C’est pourquoi nous demandons à cette commission de formuler une recommandation ferme pour exiger du gouvernement: la cessation immédiate de la répression contre le SUNTRACS et toutes les organisations syndicales; la restitution des fonds syndicaux qui ont été bloqués; des garanties de sécurité et de liberté pour tous les dirigeants persécutés; et l’ouverture urgente d’un véritable dialogue social sous la supervision de l’OIT, en tant qu’étape indispensable pour rétablir la démocratie dans le monde du travail. Nous sommes préoccupés à l’idée de retourner au Panama, car nous craignons pour notre vie: dans notre pays, les dirigeants syndicaux sont fortement réprimés.
Observateur, Internationale des travailleurs du bâtiment et du bois (IBB) – L’article 3 de la convention dispose expressément que les représentants des employeurs et des travailleurs doivent être consultés véritablement sur les politiques de l’emploi, afin de tenir compte de leur opinion et de garantir leur pleine collaboration. Cette condition est indispensable pour respecter pleinement la liberté syndicale et le droit à la négociation collective, tels qu’ils sont consacrés dans les conventions nos 87 et 98. Malheureusement, la situation actuelle au Panama fait apparaître un écart manifeste et préoccupant par rapport à ces obligations. Depuis novembre 2023, le SUNTRACS, qui est affilié à l’IBB, fait l’objet d’une campagne de répression constante au motif qu’il était à la tête des manifestations publiques contre la législation minière et les réformes proposées dans le domaine de la sécurité sociale. Cette campagne a donné lieu à des arrestations arbitraires et à des actes d’intimidation. Ces dernières semaines, la répression s’est accrue: les bureaux du syndicat ont été perquisitionnés, ses comptes bancaires gelés et son enregistrement légal annulé, et des mandats d’arrêt ont été émis contre tous les membres de la direction. Saúl Méndez a été contraint de demander l’asile politique. Jaime Caballero est détenu. Genaro Lopez est assigné à résidence. Erasmo Cerrud est recherché. Ces mesures interviennent dans le contexte d’une grève nationale qui a commencé le 28 avril. Plus de 120 membres du SUNTRACS, dont des dirigeants et des militants de base, font l’objet de poursuites pénales pour le simple fait d’avoir exercé leur droit légitime à manifester pacifiquement. L’IBB rappelle les recommandations formulées en mars 2025 par le Comité de la liberté syndicale (cas no 3456), qui a exhorté le gouvernement à rétablir immédiatement l’accès du SUNTRACS à ses ressources financières, et à prendre des mesures de protection des dirigeants du syndicat. À ce jour, ces recommandations n’ont pas été suivies d’effets. Nous appelons le gouvernement à respecter ses obligations internationales, à mettre fin à la persécution des syndicalistes, à annuler immédiatement les mandats d’arrêt qui ont été émis, à libérer les personnes détenues et à rétablir pleinement les droits syndicaux.
Observateur, Union internationale des travailleurs de l’alimentation et des branches connexes (UITA) – La convention oblige les États membres à adopter et à appliquer une politique active visant à promouvoir le plein emploi, productif et librement choisi, en vue de stimuler la croissance et le développement économiques, d’élever les niveaux de vie, de répondre aux besoins de main-d’œuvre et de résoudre le problème du chômage et du sous-emploi. Contrairement à l’esprit et à la lettre de cette convention, le gouvernement a adopté la loi no 462 qui – c’est ce que les travailleurs craignent – réduira la protection sociale, en particulier les prestations de retraite. Les travailleurs des secteurs de la santé, de l’éducation, de la construction et du secteur bananier seront les plus durement touchés par ces changements. En ce qui concerne les travailleurs du secteur bananier, la nouvelle loi met en péril les acquis et les dispositions de la loi no 45, qui reconnaît la pénibilité du travail dans les plantations de bananes et permet aux travailleurs de ce secteur de prendre leur retraite en fonction de leurs années de service plutôt qu’à un âge déterminé.
Les travailleurs ont protesté contre ces changements. Depuis avril, les actions de protestation et les manifestations des travailleurs ont été réprimées par la police, et le gouvernement a menacé d’engager des poursuites judiciaires. Des dirigeants syndicaux craignent pour leur sécurité et certains d’entre eux ont été contraints de passer à la clandestinité. Le 27 mai, le gouvernement a déclaré l’état d’urgence dans l’une des principales régions productrices de bananes, Bocas del Toro, ce qui a accru les tensions et les craintes de répression. Au cours de cette période, l’entreprise qui représente 90 pour cent des exportations du Panama a suspendu l’activité de 5 000 travailleurs journaliers. Elle a annoncé ensuite qu’elle suspendrait aussi toutes ses activités administratives, de plantation, d’emballage et d’exportation à Bocas del Toro. Cette décision va frapper l’économie panaméenne, pour laquelle le secteur bananier est vital. Ce secteur est le principal exportateur du pays, et représente 17 pour cent des exportations. Le syndicat des travailleurs des bananeraies (SITRAIBANA) a dénoncé les licenciements qui, selon lui, ne respectent pas les procédures légales et constituent une manœuvre des entreprises, en collusion avec le gouvernement, pour éliminer les syndicats. Nous savons que le gouvernement a envoyé une équipe pour enquêter à Bocas del Toro et que l’archevêque José Domingo Ulloa a proposé de soumettre un projet de loi, en accord avec les syndicats, qui rétablirait les avantages sociaux des travailleurs, à condition que les syndicats lèvent les barrages. Mais les mesures répressives prises à l’encontre de l’ensemble des dirigeants syndicaux, comme celles qui visent le SUNTRACS, ont entamé la confiance des syndicats dans le gouvernement. Nous exhortons le gouvernement, en signe de bonne foi, à avancer, sans tarder et sans condition, dans le sens du projet de loi qui est soumis pour protéger la loi no 45, et à prendre des mesures immédiates pour rétablir la paix sociale sur la base du plein respect de la liberté syndicale et de la négociation collective.
Représentante gouvernementale – Tout d’abord, je tiens à exprimer nos plus sincères remerciements aux partenaires sociaux pour chacune de leurs précieuses interventions. Vos commentaires et contributions sont essentiels pour continuer à élaborer une politique publique véritablement inclusive et efficace, aux fins du développement de tous les secteurs de notre société. Permettez-moi d’aborder brièvement les questions soulevées, en particulier pour souligner les progrès que nous avons accomplis dans la coordination de la politique de l’emploi et la politique économique et sociale du pays. Je tiens à mettre particulièrement l’accent sur les consultations menées avec les partenaires sociaux au sujet de la formulation, de la mise en œuvre et du suivi des mesures actives du marché du travail. En 2022, un groupe de travail technique a été créé et chargé d’élaborer un guide pratique d’orientation professionnelle à l’adresse des jeunes étudiants, avec la participation de diverses institutions – ministère du Travail, ministère du Développement social, ministère de l’Éducation, Chambre de commerce, Centre national pour la compétitivité, Conseil national des travailleurs organisés et CONEP, entre autres. Il s’agit là d’un exemple clair de la manière dont nous continuons à accroître la collaboration afin d’élaborer des politiques qui répondent efficacement aux besoins de la population.
En ce qui concerne la participation des femmes au marché du travail, je tiens à souligner les progrès réalisés dans le cadre de la politique publique pour l’employabilité et l’insertion professionnelle des jeunes et des femmes (PEIM). Je pense plus particulièrement au projet «Impulsa Mujer», qui vise à promouvoir l’égalité des chances pour les femmes, en particulier celles qui se trouvent dans une situation de vulnérabilité. Depuis sa création, d’importants résultats ont été obtenus, tels que l’octroi de la personnalité juridique à 16 entités au niveau national, ce qui a bénéficié directement à plus de 2 500 personnes et créé des revenus dans le cadre de coopératives, et contribué ainsi à réduire les inégalités de genre dans les communautés. Ce projet reste un élément fondamental de notre stratégie destinée à garantir l’autonomie économique des femmes et leur inclusion dans le monde de l’entreprise. Il comprend trois phases, qui visent à créer des opportunités au sein des communautés en instituant des coopératives qui assurent de multiples services.
Je tiens également à souligner l’adoption récente de la Politique publique d’égalité des chances pour les femmes (PPIOM) 2024-2034, dans un cadre stratégique conçu pour faire progresser l’égalité de genre au Panama au cours de la prochaine décennie. Cette politique couvre des aspects essentiels – égalité juridique, autonomie économique, participation politique des femmes, lutte contre la discrimination, entre autres – en particulier dans nos zones rurales. L’Agenda économique des femmes en milieu rural du Panama est une autre étape importante de ce processus, qui cherche à réduire les inégalités de genre et à garantir l’inclusion et l’autonomisation des femmes dans leurs territoires. Dans le contexte de notre programme de modernisation institutionnelle, nous avons pris des mesures fermes pour réformer notre Observatoire du marché du travail, en fonction des normes internationales et des meilleures pratiques. Au cours de ce processus, nous avons bénéficié de la précieuse assistance technique de l’Observatoire espagnol du marché du travail, avec lequel nous avons entretenu des relations étroites et un dialogue stratégique. Cette coopération technique réaffirme notre engagement en faveur d’une gestion de l’emploi fondée sur des données probantes, qui permettra de prendre des décisions éclairées et de concevoir des politiques publiques plus efficaces pour développer les talents panaméens. L’Observatoire espagnol du marché du travail, géré par le Service public national pour l’emploi (SEPE), remplit diverses fonctions essentielles pour analyser et améliorer le marché du travail. Nous sommes convaincus que, compte tenu des progrès réalisés par l’Observatoire espagnol, notre observatoire rendra plus efficaces et efficientes les politiques de l’emploi, lesquelles faciliteront l’adéquation de l’offre et de la demande sur le marché du travail.
Quant à notre action pour passer de l’informalité à la formalité, je tiens à souligner la loi no 462 du 18 mars 2025, qui prévoit plusieurs réformes importantes dans la Caisse de sécurité sociale (CSS) du Panama. Cette loi a fait l’objet d’une large consultation citoyenne et tous les secteurs du pays y ont participé. Elle a été débattue à l’Assemblée nationale, avec l’assistance technique du BIT aux fins d’une évaluation actuarielle. Les réformes ont notamment pour objectif de favoriser la transition de l’informalité vers la formalité, d’assurer la viabilité du régime d’invalidité, de vieillesse et de décès, et d’améliorer la qualité de la gestion du système de santé. Ces mesures sont indispensables pour éviter l’effondrement du système de retraite de la CSS. Contrairement à ce que beaucoup supposent, ces réformes ne prévoient pas de relever l’âge de la retraite. Un système unique de capitalisation solidaire est mis en place, la contribution patronale est augmentée de manière progressive, le montant des sanctions en cas de non-respect est accru et l’affiliation est automatique, via un lien Internet vers le MITRADEL, qui devra être opérationnel dans les 24 mois qui suivront l’entrée en vigueur de la loi, entre autres aspects importants. Ces plans, parmi d’autres, sont en cours d’élaboration, tant au sein du MITRADEL qu’au niveau national. Par exemple, dans le cadre des systèmes de soins, nous cherchons à faire intervenir les soignantes, dont les compétences sont certifiées par l’Institut national de formation professionnelle pour le développement humain (INADEH) en tant qu’employeuses potentielles, par le biais du service public de l’emploi. Parallèlement, nous établissons des partenariats avec ONU-Femmes afin de promouvoir des coopératives de soignantes et de renforcer le travail précieux qu’elles accomplissent. La Direction nationale de l’emploi, au moyen du service public de l’emploi, fournit une assistance à la population migrante qui réside dans notre pays, en garantissant son accès à des possibilités d’emploi formel. Cela est mis en œuvre au moyen de la plateforme www.empleospanama.gov.pa, sur laquelle les migrants peuvent postuler aux offres d’emploi que publie le secteur privé. En outre, les migrants peuvent participer aux différentes campagnes de recrutement ciblé que cette direction organise au niveau national. En coordination avec l’Organisation internationale pour les migrations, nous mettons en œuvre le programme d’orientation professionnelle et d’emploi, qui a permis d’identifier des jeunes migrants en situation de vulnérabilité, dans le cadre de son programme «Piénsalo dos veces» (Réfléchis-y à deux fois). Ces jeunes bénéficient de l’accompagnement psychosocial de notre équipe de psychologues et de travailleurs sociaux, qui leur donnent des moyens et des conseils pour faciliter leur insertion sur le marché du travail formel, pendant ou après leurs études.
Conformément à notre engagement en faveur de la coopération régionale, nous avons tenu récemment des réunions stratégiques avec nos homologues du Costa Rica, en application de l’accord bilatéral en vigueur, qui vise à assurer la traçabilité des flux migratoires de nos ressortissants Ngäbe-Buglé vers le Costa Rica, lesquels migrent pour travailler dans les plantations de café de ce pays frère, à l’occasion des récoltes. Nous avons mis en place un groupe de travail spécialisé au sein duquel nous élaborons un protocole de migration circulaire de main-d’œuvre, ce qui constitue une avancée significative dans l’échange, réalisé méthodiquement, de main-d’œuvre spécialisée et la mise en œuvre de bonnes pratiques dans l’emploi frontalier. Dans ce contexte de modernisation réglementaire, nous avons également pris le décret exécutif no 6 du 11 mars 2025, qui établit un cadre intégral pour que les étrangers puissent régulariser leur statut migratoire au Panama. Ce décret facilite leur accès au travail légal et au droit de résidence régulière, ce qui complète le large éventail des permis de travail que nous délivrons déjà.
Pour l’année prochaine, nous nous sommes engagés auprès du Réseau interaméricain d’administration du travail, dans le cadre de coopération de l’Organisation des États américains (OEA), à tenir un atelier spécialisé sur l’articulation de l’éducation et du travail dans notre pays, dans le contexte des activités préparatoires de la XXIIe Conférence interaméricaine des ministres du travail – nous faisons partie de la troïka. En tant qu’État, nous exprimons notre profonde préoccupation face à la cessation récente des activités au Panama d’une entreprise multinationale spécialisée dans la production, la distribution et l’exportation de bananes, à la suite de grèves illégales et injustifiées. Cette entreprise créait environ 5 000 emplois directs et des milliers d’emplois indirects dans la province de Bocas del Toro, où la pauvreté multidimensionnelle atteint 38,9 pour cent, l’un des taux les plus élevés à l’échelle nationale. Le MITRADEL ne peut manquer d’exprimer sa préoccupation, tant cette situation représente une profonde crise socioprofessionnelle. Chacun des travailleurs touchés a à sa charge en moyenne cinq à six membres de sa famille, de sorte que la crise touche aussi des milliers de foyers. Le gouvernement a décrété l’état d’urgence dans la région de Bocas del Toro, après avoir cherché d’abord à nouer un dialogue efficace avec les secteurs productifs afin de préserver les sources d’emploi, d’obtenir que l’entreprise réembauche les travailleurs licenciés et, en même temps, de promouvoir des alternatives pour que les familles touchées puissent retrouver leurs moyens de subsistance et préserver leur dignité.
Je profite de cette occasion pour louer l’action très utile du système de contrôle des normes de l’OIT. Avec tout le respect que je vous dois, nous vous invitons à prendre aussi en compte, dans les observations de la commission d’experts, les progrès significatifs que notre région a réalisés et que nous avons indiqués dans nos rapports. Nous vous remercions pour les observations et les recommandations adressées à notre gouvernement, car elles nous permettent de nous améliorer. Avant de conclure, je tiens à exprimer notre volonté de solliciter et de recevoir du BIT l’assistance technique qui aidera notre pays à améliorer ses actions stratégiques. Le gouvernement sera toujours déterminé à garantir la transparence que mérite le travail décent. Nous tenons également à préciser qu’au Panama nous comptons 544 syndicats, dont un seul agit systématiquement pour déstabiliser la paix sociale.
Enfin, je dois signaler que, selon le calendrier régulier de soumission des rapports à l’OIT, c’est au Panama qu’il revient cette année de présenter le rapport sur la convention, dans lequel nous compléterons les informations que nous présentons aujourd’hui, et qui seront examinées pendant une consultation tripartite avec les représentants des employeurs et des travailleurs, conformément aux dispositions de la convention (nº 144) sur les consultations tripartites relatives aux normes internationales du travail, 1976. Nous regrettons profondément que cette noble commission soit utilisée pour détourner l’attention des véritables difficultés, en ce qui concerne l’emploi, auxquels nous sommes confrontés en tant que nation. Les représentants des travailleurs font état d’une persécution syndicale, alors que les dirigeants de ces syndicats sont en réalité poursuivis pour des délits de droit commun et que ces cas ont été dénoncées par les travailleurs eux-mêmes, lesquels considèrent que ces dénonciations sont malhonnêtes. Nous restons engagés en faveur du dialogue constructif, de la transparence institutionnelle et du renforcement des politiques publiques qui créent des emplois décents et des opportunités réelles pour tous les Panaméens, sans distinction d’origine, de condition sociale ou d’affiliation politique. Avant de conclure, et sans m’immiscer dans des affaires intersyndicales, je souligne qu’hier deux centrales syndicales qui avaient demandé publiquement aux personnes qui manifestaient dans les rues de bien vouloir libérer le passage ont été suspendues du CONATO. Cela étant, je le répète aujourd’hui, le cas présent ne porte pas sur la liberté syndicale, nous sommes ici uniquement et exclusivement pour examiner l’application de la convention no 122.
Membres travailleurs – Nous, membres travailleurs, nous souhaitons clore ce point en réaffirmant, aussi fermement que lors de notre première intervention, que nous sommes profondément préoccupés par la situation du peuple panaméen et la répression que subit le mouvement syndical au Panama. Il est très important de souligner que chacun a son point de vue et que le nôtre peut être différent. Nous l’avons dit d’emblée, et nous le répétons avec plus de force maintenant, alors que ce débat s’achève: ce qui est en jeu, ce n’est pas seulement le respect d’une convention de gouvernance, mais aussi la coexistence démocratique dans le cadre de l’exercice réel de la liberté syndicale et du dialogue social, qui sont des piliers de cette Organisation. Il ne saurait y avoir de travail décent sans une démocratie fondée sur la garantie de l’État de droit.
Nous tenons à préciser que les commentaires de la commission d’experts sont antérieurs à la déclaration de grève, à la répression de l’État et à toute cette situation de troubles sociaux que connaît le Panama. De sorte que les critiques et les observations que nous pouvons formuler au sujet de l’application de la convention portent sur des faits antérieurs aux faits susmentionnés et montrent qu’il existait déjà de nombreux inconvénients et problèmes. Le rapport de la commission d’experts évoque ces faits antérieurs. J’ai donc écouté attentivement la Directrice de l’emploi, qui a souligné l’importance que la commission d’experts dispose de ces données pour formuler ses réponses et ses observations. Nous l’avons dit dès le début, et cela a été soutenu tout au long des interventions des membres travailleurs: au Panama, il n’y a pas de politique de l’emploi cohérente, articulée et durable. La commission d’experts a été claire et ferme dans son rapport: les programmes présentés ne sont pas structurels, ne font pas l’objet d’une évaluation et ne disposent ni d’un budget ni de la participation des partenaires sociaux.
Le plus grave, c’est qu’il n’y a pas de dialogue. Il n’y a pas de consultation. Il n’y a pas de tripartisme, ce qui est aggravé par l’exclusion systématique et la discréditation qui, selon ce que j’ai entendu, ne visent que le secteur syndical que nous représentons. À cela s’ajoute un discours exacerbé de confrontation qui s’inscrit dans une ligne politique, comme nous l’avons déjà déclaré dans notre intervention d’introduction. Les différents délégués et déléguées des membres travailleurs l’ont exposé avec précision, et démontrent concrètement qu’il n’y a pas de dialogue social tripartite, mais une persécution de l’État qui viole l’État de droit.
Je le répète, nous pensons différemment. Cela pose-t-il un problème? Nous devons être respectés davantage. Les conditions de la paix sociale ne sont pas réunies lorsque les protestations font l’objet de poursuites pénales, et il ne peut y avoir de dialogue social tripartite si les syndicats sont affaiblis. Comment pouvons-nous affirmer dans ce contexte que la convention est respectée? Pouvons-nous parler de plein emploi et librement choisi dans un pays où les défenseurs des droits au travail sont persécutés? Nous estimons qu’il est difficile, voire impossible, de respecter la convention dans ces conditions. Il est tout aussi impossible de garantir le respect des droits fondamentaux, et de préserver et garantir une société démocratique ainsi qu’une économie durable assortie de la justice sociale.
Sans diagnostic, il n’y a pas de solutions. Il n’y a pas de dialogue sans reconnaissance de l’autre et il n’y a pas d’issue si l’existence du conflit est niée. C’est pourquoi nous réitérons qu’une intervention de toute urgence du Directeur général du BIT est nécessaire, ainsi qu’une mission de haut niveau, directe, visible et ferme. Des recommandations générales ne suffisent pas mais il faut tenir compte de toutes les demandes, tant celles du gouvernement que les nôtres et celles des employeurs. Les appels à la bonne volonté ne suffisent pas. Une action concrète est nécessaire pour dire clairement aux travailleurs et travailleuses panaméens qu’ils ne sont pas seuls.
Nous réaffirmons que l’assistance technique ne peut être ni marginale ni symbolique. Il est très important qu’elle soit axée sur le rétablissement du respect du dialogue social, la garantie des conditions de liberté syndicale et le rétablissement aussi du respect des normes fondamentales. Il ne sera pas possible de créer et de maintenir des emplois sans exhorter énergiquement le gouvernement panaméen à garantir et à respecter la liberté syndicale. Nous réaffirmons que, à nos yeux, le Panama est une priorité régionale, car ce qui se passe dans ce pays constitue une menace pour toute la région. Nous nous félicitons de la position du gouvernement, transmise par la Directrice de l’emploi, selon laquelle le Panama sera le siège d’un événement important. Je suis présidente du Conseil syndical de consultation technique (COSATE) de la Conférence interaméricaine des ministres du travail (CIMT) de l’Organisation des États américains (OEA) et j’ai participé avec les ministres à une déclaration prononcée à Bogotá, qui met en valeur les ministres et que les ministres doivent respecter, non seulement dans cette commission, mais aussi lors de la prochaine réunion régionale des Amériques. À cette occasion, nous allons adopter, dans le cadre du tripartisme, une déclaration qui sera fondée sur le dialogue social tripartite. Ce que nous ne voulons pas, c’est que des modèles de répression se renforcent, qui sont des formes de violence contre la liberté syndicale, et que le tripartisme soit nié. Ce qui est en jeu, ce n’est pas seulement le pays, mais aussi le système national et international de l’OIT.
Nous ne sommes pas confrontés à un problème technique. Nous nous trouvons face à un conflit profond. Car il est porté atteinte aux libertés publiques et à la visibilité même du système de gouvernance tripartite que représente l’OIT. Il a été question ici d’un régime qui se dessine. S’il existe un régime, c’est celui des gouvernements qui s’attaquent aux droits socioprofessionnels dans notre région. Et nous ne voulons pas de ce régime. La création d’emplois productifs, décents et librement choisis, avec l’objectif primordial qu’est la politique économique et sociale, doit se faire toujours avec la participation de tous. Nous tenons bien sûr à remercier cette commission. C’est le dernier cas à l’examen dans notre région et nous attendons avec impatience vos conclusions. Le Panama est notre priorité. Nous devons renforcer le tripartisme. Le Panama a été un exemple de dialogue tripartite dans les commissions, à une autre époque, il peut l’être à nouveau. C’est une volonté politique qu’il faut réaliser et c’est dans l’intérêt de tous.
Membres employeurs – Les membres employeurs souhaitent remercier les différents intervenants qui ont exprimé leur point de vue sur cette question, y compris la représentante gouvernementale. Les employeurs souhaitent rappeler que le règlement de la Conférence, à son article 10 (1) b), dispose que cette commission est chargée d’examiner les cas individuels relatifs aux mesures prises par les Membres pour donner effet aux conventions auxquelles ils sont parties. À cet égard, nous tenons à réaffirmer qu’il est très important, afin de garantir la pertinence de l’examen des cas par la commission, de nous limiter au cas à l’étude et de nous reporter aux commentaires de la commission d’experts.
Nous espérons que cette commission tiendra compte des commentaires formulés au cours de la discussion, en particulier de ceux qui portent spécifiquement sur le respect, tant dans la législation que dans la pratique, de la convention no 122, qui est la convention dont nous examinons l’application. À la lumière de ces observations et de notre discussion aujourd’hui, les membres employeurs souhaitent recommander au gouvernement: premièrement, avec l’assistance technique du BIT, de mettre en place des projets et des programmes axés sur le renforcement du dialogue social tripartite pour assurer l’indépendance, la parité et, surtout, la participation constructive des parties; deuxièmement, de poursuivre les réunions tripartites afin que, tous ensemble, et grâce à l’expérience et aux connaissances des employeurs, des travailleurs et du gouvernement, nous progressions encore tant en ce qui concerne l’emploi, l’objectif étant le travail décent, que dans la transition de l’informalité à la formalité. Nous tenons à souligner que les manifestants doivent prendre en compte et respecter les droits fondamentaux des citoyens et ne pas mettre en danger leur santé, leur sécurité et leur vie. Nous rappelons que, conformément aux déclarations des organes de contrôle de l’OIT, un climat de violence généralisée nuit aux relations de travail et, en particulier, à la création d’emplois décents et d’entreprises durables. Enfin, nous, employeurs, réaffirmons l’importance de disposer d’espaces de dialogue social tripartite pour construire une démocratie plus solide et aller dans le sens d’un plus grand consensus.

Conclusions de la commission

La commission a pris note des informations écrites et orales fournies par le gouvernement et de la discussion qui a suivi.
La commission a pris note avec préoccupation de l’absence de véritables consultations efficaces avec les représentants des organisations de travailleurs et d’employeurs en matière de politiques de l’emploi.
Prenant en compte la discussion qui a eu lieu, la commission a instamment prié le gouvernement de prendre, en consultation avec les partenaires sociaux, des mesures efficaces dans un délai déterminé pour:
  • garantir que la politique de l’emploi promeut le plein emploi, productif et librement choisi, sur la base d’une politique économique et sociale qui stimule la croissance et le développement économiques, qui élève les niveaux de vie et qui résout le problème du chômage et du sous-emploi, y compris l’accès des jeunes, en particulier des jeunes femmes, au marché du travail;
  • continuer de s’employer à combattre la ségrégation professionnelle verticale et horizontale persistante fondée sur le genre, le faible taux de participation des femmes au marché du travail, ainsi que leur forte concentration dans le secteur informel de l’économie, et, à cet égard, mettre pleinement en œuvre le programme par pays de promotion du travail décent 2024-2027, en utilisant les orientations qui figurent dans la recommandation (no 204) sur la transition de l’économie informelle à l’économie formelle, 2015;
  • garantir des consultations efficaces avec les organisations de travailleurs et d’employeurs les plus représentatives au sujet des politiques de l’emploi;
  • élaborer, appliquer, suivre et réviser les mesures actives du marché du travail adoptées dans le cadre de la politique de l’emploi, compte tenu des groupes ciblés.
La commission a prié le gouvernement de se prévaloir de l’assistance technique du BIT.
La commission a également prié le gouvernement de fournir un rapport détaillé sur les mesures prises pour mettre en œuvre les recommandations susmentionnées d’ici au 1er septembre 2025.
Président – J’ai l’honneur de donner à la parole à la distinguée représentante du gouvernement du Panama, Madame la directrice de l’Emploi au ministère du Travail et du Développement de l’Emploi.
Représentante gouvernementale – Au nom de la délégation de la République du Panama, nous prenons note des conclusions formulées par cette commission.
La délégation du Panama accueille avec intérêt les conclusions présentées ici et, en exprimant son profond respect pour le mandat des organes de contrôle de l’OIT, se félicite de l’occasion qui lui est donnée de présenter les progrès réalisés dans la mise en œuvre de la convention. Nous avons fourni des informations concrètes sur les progrès enregistrés dans la politique de l’emploi, parmi lesquels il convient de mentionner:
  • les investissements publics dans différents secteurs de l’économie, en particulier de grands travaux d’infrastructure qui contribueront à la création d’emplois;
  • différents programmes pour l’emploi, notamment sur le recrutement ciblé, «Mon premier emploi», et l’insertion professionnelle de personnes en situation de handicap, tous ces programmes étant mis en œuvre dans le cadre d’une collaboration solide entre les secteurs public et privé, ce qui renforce la portée et l’impact des programmes;
  • le programme d’orientation professionnelle destiné aux jeunes étudiants du secondaire, qui facilite des décisions éclairées sur l’avenir professionnel;
  • la promotion de la numérisation des services publics de l’emploi;
  • la signature de conventions avec le secteur de l’éducation afin de renforcer la formation technique des étudiants;
  • la mise en œuvre de politiques publiques de création d’emplois qui prennent en compte la dimension de genre;
  • les réformes de la Caisse de sécurité sociale, entre autres.
Nous réaffirmons que le chômage au Panama n’est pas seulement dû à des facteurs structurels du marché du travail, mais aussi à des agissements qui ont directement compromis l’activité économique et la stabilité de l’emploi – entre autres, la déclaration d’inconstitutionnalité du contrat minier, le blocage prolongé de routes à l’échelle nationale et, en particulier, les grèves illégales, qui ont compromis le maintien et la création d’emplois dans tout le pays.
Enfin, nous réaffirmons notre engagement en faveur d’un dialogue constructif, de la transparence institutionnelle et du renforcement de politiques publiques qui favorisent le travail décent et créent de réelles opportunités pour tous les Panaméens. Il est essentiel de souligner qu’un comportement responsable des partenaires sociaux fait également partie de cet engagement national. La préservation de la paix sociale, le respect du cadre juridique et la volonté de parvenir à un consensus sont fondamentaux pour progresser dans le sens d’un développement véritablement inclusif et durable.
Nous remercions le BIT pour l’assistance technique qu’il nous a fournie et nous réitérons notre engagement à rendre compte régulièrement des progrès réalisés dans ce domaine.
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