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Allégations: Les organisations plaignantes allèguent de graves violations de la
liberté syndicale commises par l’Université San Carlos du Guatemala (USAC)
- 181. La plainte figure dans une communication de la Confédération des
travailleurs et travailleuses des universités des Amériques (CONTUA) en date du
13 décembre 2023 et dans une communication supplémentaire de l’Internationale des
services publics (ISP) en date du 18 août 2025.
- 182. Le gouvernement a fait parvenir ses observations dans des
communications datées des 15 avril 2024, des 8 mai, 14 juillet, 2 octobre et 12 novembre
2025 et des 14 janvier et 8 avril 2026.
- 183. Le Guatemala a ratifié la convention (no 87) sur la liberté
syndicale et la protection du droit syndical, 1948, la convention (no 98) sur le droit
d’organisation et de négociation collective, 1949, et la convention (no 154) sur la
négociation collective, 1981).
A. Allégations des organisations plaignantes
A. Allégations des organisations plaignantes- 184. Dans sa communication en date du 13 décembre 2023, la CONTUA allègue
que l’élection du recteur de l’Université San Carlos du Guatemala (USAC) pour la période
2022-2026 a été entachée de fraude et que, dans ce contexte, une protestation pacifique
a été initiée par l’occupation des installations universitaires, dirigée par des
étudiants et soutenue par des enseignants, des organisations sociales et le Syndicat des
travailleurs de l’Université San Carlos du Guatemala (STUSC). Elle précise que, après
l’évacuation des installations du campus, en juin 2023, le recteur a déposé plainte au
pénal contre des étudiants, des enseignants et des dirigeants syndicaux, leur imputant
des délits graves, entre autres usurpation aggravée, dégradation de biens culturels,
sédition et association illicite. Elle fait valoir à cet égard que, au 16 novembre 2023,
plus de 31 mandats d’arrêt et de perquisition avaient été délivrés, dont six visaient
des dirigeants du STUSC. On peut citer notamment l’arrestation et l’incarcération du
dirigeant syndical du STUSC, M. Martín Jorge Macario, la suspension du salaire des
dirigeants du STUSC et l’ouverture de procédures disciplinaires à leur encontre, ainsi
que des menaces et des tentatives de démantèlement du syndicat au moyen de pressions
visant à pousser les travailleurs à se désaffilier du syndicat. Selon l’organisation
plaignante, ces mesures constitueraient une judiciarisation de la protestation syndicale
et une discrimination antisyndicale systématique au sein d’une université dotée d’un
grand pouvoir stratégique et politique, dans un contexte national marqué par les
élections générales de 2023 et les pressions exercées par divers acteurs pour empêcher
l’entrée en fonction du nouveau gouvernement.
- 185. Dans sa communication en date du 18 août 2025, l’ISP allègue la
persistance de faits constitutifs de violations graves et continues de la liberté
syndicale de la part de l’USAC. Elle dénonce des pratiques antisyndicales: pressions
visant à pousser les travailleurs à se désaffilier de leur syndicat, licenciements et
actes de représailles commis contre des travailleurs et des dirigeants syndicaux –
notamment le refus d’embaucher des dirigeants syndicaux bénéficiant de l’immunité
syndicale et le licenciement de l’ancien secrétaire général du STUSC, M. Pedro Pérez –,
non-versement des cotisations syndicales en violation de la convention collective et
absence de volonté de dialogue de la part des autorités universitaires.
B. Réponse du gouvernement
B. Réponse du gouvernement- 186. Dans ses communications datées des 15 avril, 8 mai et 14 juillet
2025, le gouvernement fournit des informations concernant la procédure de conciliation
volontaire acceptée par la CONTUA et lui-même, procédure qui avait initialement conduit
à la suspension de l’examen de la plainte quant au fond par le comité. Le gouvernement
indique en particulier: i) que le ministère du Travail et de la Protection sociale a
convoqué une table ronde, prévue pour le 18 juin 2025, dans le but de favoriser
l’adoption d’une solution concertée; ii) que l’USAC a refusé d’y participer, arguant que
les thèmes proposés allaient au-delà de ce qui avait été préalablement convenu, que
certaines décisions relevaient de la compétence du Conseil supérieur universitaire, et
que la convention collective applicable faisait l’objet d’une contestation en justice.
La table ronde s’est tenue en l’absence de représentants de l’université; et iii) que,
dans ces conditions, le STUSC a demandé qu’il soit pris acte de l’échec de la procédure
de conciliation.
- 187. Dans ses communications des 2 octobre et 12 novembre 2025 concernant
les mesures administratives (Inspection générale du travail) relatives aux plaintes
enregistrées pour incitation à la désaffiliation, suspension de salaire et déni de
reconnaissance d’un syndicat, le gouvernement fait état de plusieurs procédures engagées
contre les autorités de l’USAC, qui ont fait l’objet d’injonctions légales pour
non-respect de la loi au cours de la période 2022-2025, l’USAC s’étant vue infliger
27 sanctions administratives en sa qualité d’employeur. En ce qui concerne le refus
d’embaucher des personnes ayant engagé des poursuites contre l’université et la question
du non-versement des cotisations syndicales en la convention collective, le gouvernement
indique qu’il s’agit d’une décision prise par la plus haute autorité de l’université,
aux dires de cette dernière, et que la convention collective fait actuellement l’objet
d’une contestation en justice.
- 188. Dans sa communication en date du 14 janvier 2026 concernant les
actes de représailles présumés liés à l’exercice d’activités syndicales commis à
l’encontre de six dirigeants et anciens dirigeants du STUCS, le gouvernement indique
avoir demandé des informations au ministère public, dans le respect des principes de
coordination interinstitutionnelle et de vérification objective des informations. À cet
égard, le ministère public a fait savoir qu’après avoir examiné les registres des
nouvelles plaintes pour les années 2024 et 2025, plus précisément auprès du procureur
chargé des infractions commises contre des membres du personnel judiciaire et des
syndicalistes, aucun dossier d’enquête faisant suite à une plainte déposée par le STUCS
n’a été retrouvé.
- 189. Enfin, dans sa communication en date du 8 avril 2026, le
gouvernement indique, au sujet du dirigeant syndical Martín Jorge Macario, qui a été
arrêté et incarcéré, ainsi que de l’état d’avancement de la procédure correspondante,
que des poursuites pénales sont en cours sous la direction du ministère public, dans le
respect des garanties d’une procédure régulière et conformément aux règles de procédure
en vigueur. Le gouvernement précise à cet égard que la divulgation de la teneur de ces
procédures pourrait compromettre le bon déroulement de l’enquête, l’intégrité des moyens
de preuve et la sécurité des parties concernées. Selon le gouvernement, il convient de
considérer que l’USAC, dans l’exercice de son autonomie constitutionnelle, présente des
particularités institutionnelles qui ont une incidence sur la gestion des informations
liées à l’affaire, ce qui rend d’autant plus nécessaire la confidentialité de certains
éléments de la procédure pénale à ce stade. Par ailleurs, le gouvernement fait observer
qu’il s’agit d’une affaire très médiatisée, dans laquelle la société civile et les
organisations internationales ont mis en évidence des dynamiques et des pressions indues
qui ont entravé l’action du pouvoir exécutif, ainsi que les enquêtes menées par le
ministère public, ce qui accroît les risques liés à la divulgation prématurée
d’informations, compte tenu des multiples implications sociales du présent cas.
C. Conclusions du comité
C. Conclusions du comité- 190. Le comité observe que la présente plainte porte sur des allégations
faisant état d’une série de violations de la liberté syndicale commises dans un contexte
de vives tensions internes au sein de l’Université San Carlos du Guatemala (USAC),
principale université publique du pays, à la suite du processus d’élection du recteur
pour la période 2022-2026, processus que les organisations plaignantes considèrent comme
entaché d’irrégularités et qui a donné lieu à des protestations pacifiques organisées
par des étudiants avec le soutien d’enseignants, d’organisations sociales et du Syndicat
des travailleurs de l’Université San Carlos du Guatemala (STUSC), lesquelles
protestations ont été suivies de mesures de représailles contre des syndicalistes et des
dirigeants de ladite organisation.
- 191. Le comité prend note des allégations selon lesquelles, à l’issue de
l’occupation du campus universitaire en juin 2023, les autorités universitaires auraient
engagé des poursuites pénales contre plusieurs dirigeants du STUSC, les accusant d’avoir
commis de graves délits, et que ces poursuites auraient donné lieu, notamment, à la
délivrance le 16 novembre 2023 de mandats d’arrêt et de perquisition, ainsi qu’à
l’arrestation et à l’incarcération du dirigeant syndical M. Martín Jorge Macario.
- 192. Le comité observe que le ministère du Travail et de la Protection
sociale et la CONTUA ont décidé de mener une procédure de conciliation volontaire
concernant le présent cas, ce qui, conformément aux règles adoptées par le comité, a
entraîné la suspension de son examen quant au fond mené par ce dernier. Le comité prend
note de l’indication du gouvernement selon laquelle ce processus n’a pas pu aboutir en
raison du refus de l’USAC de participer à la table ronde, à la suite de quoi le STUSC a
demandé qu’il soit pris acte de l’échec de la procédure de conciliation. Le comité
constate avec regret que les mécanismes de dialogue social mis en place par les deux
parties se sont révélés inefficaces, faute de coopération de la part de la direction de
l’USAC.
- 193. Le comité observe que les allégations portent sur des actes présumés
de représailles antisyndicales commis à la suite de l’élection du recteur de l’USAC et
de l’occupation de l’université qui s’en est suivie. Il précise à cet égard qu’il ne lui
appartient pas de se prononcer sur la situation qui a conduit à l’occupation de l’USAC,
mais uniquement sur les allégations d’actes antisyndicaux spécifiques figurant dans la
plainte.
- 194. En ce qui concerne les mandats d’arrêt et de perquisition qui, selon
les plaignants, auraient été émis en novembre 2023 à l’encontre de six dirigeants et
anciens dirigeants du STUSC, le comité observe que le gouvernement s’est contenté
d’indiquer qu’après consultation du ministère public aucun dossier d’enquête résultant
de plaintes déposées par le STUSC n’avait été retrouvé dans les registres correspondant
aux années 2024 et 2025. Le comité observe que cette information ne se réfère pas aux
allégations et aux préoccupations soulevées par les organisations plaignantes et demande
au gouvernement de fournir des informations précises sur la situation des six dirigeants
syndicaux en question.
- 195. En ce qui concerne la situation du dirigeant syndical M. Martín
Jorge Macario, arrêté et incarcéré à l’issue de l’occupation du campus universitaire, le
comité prend note du fait que le gouvernement indique, sur la base des informations
recueillies auprès du pouvoir judiciaire, qu’une procédure pénale est en cours, et
invoque le respect des garanties d’une procédure régulière et les risques liés à la
divulgation d’informations dans une affaire très médiatisée, raison pour laquelle il ne
peut fournir plus de détails. Le comité rappelle à cet égard que, si des personnes
menant des activités syndicales ou exerçant des fonctions syndicales ne peuvent
prétendre à l’immunité vis-à-vis de la législation pénale ordinaire, l’arrestation ou
l’inculpation de syndicalistes doivent s’appuyer sur des exigences légales qui ne
portent pas elles-mêmes atteinte aux principes de la liberté syndicale. [Voir
Compilation des décisions du Comité de la liberté syndicale, sixième édition, 2018,
paragr. 133.] Le comité demande au gouvernement de communiquer dans les meilleurs délais
toute information concernant la situation de M. Martín Jorge Macario et de l’informer
des résultats de la procédure pénale engagée contre lui.
- 196. Le comité prend note des allégations relatives aux mesures de
représailles de nature professionnelle prises par l’université à l’encontre de
travailleurs et de dirigeants syndicaux à la suite de l’occupation du campus (suspension
de salaire, ouverture de procédures disciplinaires, licenciements et pressions visant à
les pousser à se désaffilier de leur syndicat). Il note également que le gouvernement
fait état à cet égard de plusieurs procédures engagées contre les autorités de l’USAC,
qui ont fait l’objet d’injonctions légales pour non-respect de la loi au cours de la
période 2022-2025, l’USAC s’étant vue infliger 27 sanctions administratives en sa
qualité d’employeur. Tout en observant que les informations fournies ne permettent pas
de déterminer avec précision si l’ensemble de ces mesures ont un lien avec les
allégations d’actes antisyndicaux formulées en l’espèce, le comité veut croire que
toutes les procédures administratives et judiciaires découlant des plaintes déposées par
le STUSC seront examinées et tranchées sans délai, et qu’elles contribueront au plein
respect de la liberté syndicale au sein de l’université publique. Le comité demande au
gouvernement de le tenir informé à cet égard.
- 197. Le comité observe que l’Internationale des services publics (ISP)
allègue que ces pratiques antisyndicales persistent – l’ISP se réfère à cet égard au
refus d’embaucher des personnes bénéficiant de l’immunité syndicale ou qui ont engagé
des poursuites judiciaires contre l’université, au licenciement abusif de l’ancien
secrétaire général du STUSC, M. Pedro Pérez, et au non-versement des cotisations
syndicales, en violation de la convention collective applicable. En ce qui concerne le
licenciement de l’ancien secrétaire général du STUSC, M. Pedro Pérez, le comité demande
au gouvernement de prendre les mesures nécessaires pour mener une enquête indépendante
et, s’il s’avère que son licenciement résulte d’un acte de discrimination antisyndicale,
de prendre les mesures appropriées pour garantir sa réintégration à son poste. En ce qui
concerne les allégations relatives aux autres travailleurs licenciés affiliés au STUSC,
ainsi que les pressions exercées pour les inciter à se désaffilier, le comité demande à
l’organisation plaignante de lui fournir des informations complémentaires afin de mieux
cerner les circonstances dans lesquelles les faits dénoncés se sont déroulés. En ce qui
concerne le non-versement des cotisations syndicales en violation de la convention
collective, le comité rappelle que, dans un cas où les autorités n’avaient pas restitué
au syndicat concerné les cotisations qui avaient été retenues à la source sur les
salaires de fonctionnaires, le comité a estimé que les cotisations n’appartiennent pas
aux autorités et ne constituent pas des fonds publics; il s’agit de sommes que les
autorités ont en dépôt, mais dont elles ne peuvent disposer sous aucun prétexte autre
que celui de les remettre sans délai à l’organisation concernée. [Voir Compilation,
paragr. 699.] Prenant note des informations fournies par le gouvernement selon
lesquelles la convention collective fait actuellement l’objet d’une contestation en
justice, le comité demande au gouvernement de lui fournir des informations à ce sujet,
en accordant une attention particulière à la question du recouvrement des cotisations
syndicales.
- 198. Prenant note des mesures communiquées par le gouvernement dans le
cadre de l’examen par le Conseil d’administration de la plainte déposée contre le
Guatemala en vertu de l’article 26 de la Constitution de l’OIT, le comité demande au
gouvernement d’intensifier ses efforts pour garantir un environnement exempt de
violence, de stigmatisation ou de menaces contre des syndicalistes et de continuer à
rendre compte de l’état d’avancement des enquêtes relatives aux faits dénoncés dans le
présent cas.
Recommandations du comité
Recommandations du comité- 199. Au vu des conclusions intérimaires qui précèdent, le comité invite
le Conseil d’administration à approuver les recommandations suivantes:
- a) Le comité
demande au gouvernement de fournir des informations précises sur la situation des
six dirigeants du Syndicat des travailleurs de l’Université San Carlos du Guatemala
(STUSC) contre lesquels, selon les organisations plaignantes, des mandats d’arrêt et
de perquisition auraient été délivrés en novembre 2023.
- b) Le comité demande au
gouvernement de lui communiquer dans les plus brefs délais toute information
concernant la situation du dirigeant syndical M. Martín Jorge Macario, qui avait
initialement été arrêté et incarcéré, et de rendre compte des résultats de la
procédure pénale dont il fait l’objet.
- c) Le comité veut croire que toutes les
procédures administratives et judiciaires découlant des plaintes déposées par le
STUSC après la fin de l’occupation du campus universitaire seront examinées et
tranchées sans délai, et qu’elles contribueront au plein respect de la liberté
syndicale au sein de l’université publique. Le comité demande au gouvernement de le
tenir informé à cet égard.
- d) Le comité demande au gouvernement de prendre les
mesures nécessaires pour mener une enquête indépendante concernant le licenciement
de M. Pérez, ancien secrétaire général du STUSC et, s’il s’avérait que ce
licenciement résulte d’un acte de discrimination antisyndicale, de prendre les
mesures qui s’imposent pour garantir sa réintégration à son poste.
- e) Le comité
demande au STUSC de lui fournir des informations complémentaires concernant les
allégations relatives aux autres travailleurs licenciés affiliés à ce syndicat,
ainsi que les pressions exercées pour les inciter à se désaffilier du syndicat, afin
de mieux cerner les circonstances dans lesquelles les faits allégués se sont
déroulés.
- f) Étant donné que la convention collective dont il est question fait
actuellement l’objet d’une contestation en justice, le comité demande au
gouvernement de lui fournir des informations à ce sujet, en accordant une attention
particulière à la question du recouvrement des cotisations
syndicales.
- g) Prenant note des mesures communiquées par le gouvernement dans
le cadre de l’examen par le Conseil d’administration de la plainte déposée contre le
Guatemala en vertu de l’article 26 de la Constitution de l’OIT, le comité demande au
gouvernement d’intensifier ses efforts pour garantir un environnement exempt de
violence, de stigmatisation ou de menaces à l’encontre des syndicalistes et de
continuer à rendre compte de l’état d’avancement des enquêtes relatives aux faits
dénoncés dans le présent cas.