Allégations: l’organisation plaignante allègue une absence de reconnaissance,
ainsi que des attaques, des actes de harcèlement et de persécution, des agressions et des
licenciements de syndicalistes indépendants, entre autres actes de discrimination
et d’ingérence antisyndicale commis par les autorités publiques
- 214. Le comité a examiné ce cas (présenté en décembre 2016) pour la
dernière fois à sa réunion d’octobre 2023 et, à cette occasion, il a présenté un rapport
intérimaire au Conseil d’administration. [Voir 404e rapport, approuvé par le Conseil
d’administration à sa 349e session (octobre-novembre 2023), paragr. 252 à 290.]
- 215. L’organisation plaignante a présenté de nouvelles allégations dans
ses communications en date des 14 et 28 décembre 2023, 3, 16 et 29 janvier, 8 février,
3, 9 et 17 avril, 15 mai, 22 juillet, 29 octobre et 8 novembre 2024, 14 janvier,
16 avril et 6 mai 2025.
- 216. Le gouvernement a fait parvenir ses observations dans des
communications en date des 17 et 23 janvier, 1er et 2 avril, 9 mai, 23 octobre 2024 et
3 mars 2025.
- 217. Cuba a ratifié la convention (no 87) sur la liberté syndicale et la
protection du droit syndical, 1948, et la convention (no 98) sur le droit d’organisation
et de négociation collective, 1949, ainsi que la convention (no 135) concernant les
représentants des travailleurs, 1971.
A. Examen antérieur du cas
A. Examen antérieur du cas- 218. À sa réunion d’octobre 2023, le comité a formulé les recommandations
suivantes [voir 404e rapport, paragr. 290]:
- a) Le comité prie instamment le
gouvernement de garantir la reconnaissance de l’Association syndicale indépendante
de Cuba (ASIC), ainsi que son libre fonctionnement et l’exercice de ses activités
syndicales.
- b) Le comité prie le gouvernement de lui envoyer la copie des
résultats des enquêtes menées et, le cas échéant, les décisions de justice
concernant les membres ou dirigeants ci-après: Osvaldo Arcis Hernández, Bárbaro
Tejeda Sánchez, Felipe Carrera Hernández, Pavel Herrera Hernández, Daniel Perea
García, Yisan Zamora Ricardo, William Cruz Delgado, Roque Iván Martínez Baldarraín,
Jefferson Ismael Polo Mezerene, Anairis Dania Mezerene, Ulises Rafael Hernández
López et Leonardo Hernández Camejo.
- c) Le comité prie le gouvernement de lui
transmettre sans autre délai le jugement de condamnation prononcé à l’encontre
d’Humberto Bello Laffita. Il le prie de veiller à ce qu’aucun travailleur ne soit
arrêté pour ses activités syndicales.
- d) Le comité prie le gouvernement de
veiller à ce que le secrétaire général de l’ASIC, Iván Hernández Carrillo, puisse
exercer librement et sans ingérence ses activités syndicales.
- e) Le comité
prie instamment le gouvernement de ne pas restreindre indûment le droit des
dirigeants et membres de l’ASIC d’organiser et d’exercer librement leurs activités
syndicales, y compris lorsqu’elles ont lieu en dehors du territoire national ou
qu’elles consistent à participer à des forums virtuels internationaux.
- f) Le
comité prie instamment le gouvernement de garantir pleinement aux dirigeants de
l’ASIC la liberté de mouvement pour l’exercice de leurs activités syndicales sur le
territoire national, y compris la participation à des manifestations pour défendre
les intérêts de leurs membres, sans ingérence des autorités.
- g) Le comité
prie le gouvernement de lui envoyer une copie des résultats des enquêtes menées sur
les licenciements d’Ismael Valentín Castro, de Dania Noriega, de Kelvin Vega Rizo et
de Pavel Herrera.
- h) Compte tenu de l’absence d’informations dans certains
cas et du manque de progrès dans d’autres, le comité invite de nouveau le
gouvernement à accepter une mission de contacts directs chargée de recueillir des
informations supplémentaires, de faciliter le dialogue entre les parties et
d’encourager la mise en œuvre de ses recommandations.
B. Nouvelles allégations de l’organisation plaignante
B. Nouvelles allégations de l’organisation plaignante- 219. Dans ses communications, l’organisation plaignante avance de
nouvelles allégations spécifiques de violation des libertés publiques des dirigeants et
membres de l’ASIC.
- 220. L’organisation plaignante allègue que: i) le 6 novembre 2023, le
syndicaliste indépendant Leonardo Hernández Camejo a été convoqué au commissariat de
police de Centro Habana, où il a été interrogé par un fonctionnaire du Département de
sécurité de l’État (DSE) et enjoint de cesser son militantisme. Il a été interrogé une
nouvelle fois le 27 janvier 2024, avec d’autres syndicalistes indépendants (Ulises
González Moreno, Yaquelín Dalis Caballero, Emilio Alberto Gottardi Gottardi, Luis
Orlando León Randich, Nora Noa et Dayán Ortíz); ii) le 30 novembre 2023, Daniel Perea
García, secrétaire provincial de l’ASIC à Santiago de Cuba, a été soumis à un
interrogatoire au cours duquel il a subi des violences physiques de deux fonctionnaires
du DSE; iii) le 7 décembre 2023, le syndicaliste indépendant Alejandro Sánchez Zaldívar
a été convoqué au commissariat de police de la municipalité de Cabañas, dans la province
d’Artemisa, pour l’informer qu’il ne pourrait pas se rendre à La Havane et qu’il devait
rester chez lui; iv) le 8 décembre, le syndicaliste indépendant Alexis Rodríguez
Martínez a été arrêté dans la municipalité de Holguín et transféré à la caserne de la
police de Pedernales, jusqu’au 21 décembre; v) les 9 et 10 décembre, le domicile de la
journaliste et syndicaliste indépendante, Yunia Figueredo Cruz, et du secrétaire
général, Iván Hernández Carrillo, ont été cernés par des agents de la police politique –
avec interruption de la connexion Internet dans le cas de la journaliste; et vi) le
syndicaliste indépendant Rodolfo Aparicio Alemán a été arrêté le 15 décembre et le
12 janvier 2024 par plusieurs agents de la Police nationale révolutionnaire. Il a été
libéré le 31 janvier et s’est vu infliger une amende de 5 000 pesos cubains.
- 221. L’organisation plaignante allègue également que, le vendredi 29 mars
2024, le secrétaire général Iván Hernández Carrillo a été arrêté alors qu’il essayait de
se rendre à La Havane pour passer un contrôle médical. Les membres de la patrouille
l’ont arrêté et transféré au commissariat de police de La Playa, où il a été interrogé
par le lieutenant-colonel responsable de la lutte dans la province et une instructrice
ayant le grade de sous-lieutenant. Cette dernière lui a adressé un avertissement pour
les délits supposés d’atteinte à l’ordre constitutionnel et de mercenariat, pour
lesquels sont prévues une peine allant jusqu’à quinze ans d’emprisonnement pour le
premier et la peine de mort pour le second. Ensuite, les agents l’ont averti que s’il
persistait à mener ses activités syndicales, la prochaine fois, il serait emprisonné
pour les charges précitées. L’organisation plaignante allègue ensuite que, le 8 avril,
Iván Hernández Carrillo a reçu à son domicile, dans la ville de Colón, province de
Matanzas, la visite de la première lieutenante du DSE, qui a tenté de lui remettre une
convocation au Département d’instruction policière de cette ville pour y être
interrogé.
- 222. L’organisation plaignante allègue que les actes de persécution à
l’égard des militants de l’ASIC ont eu lieu à d’autres occasions, notamment, lors de la
célébration du 1er mai 2024 (en ce qui concerne Liván Monteagudo Rivero, secrétaire
provincial de Las Tunas, Bárbaro de la Nuez Ramírez, secrétaire général de la province
de Cienfuegos) et qu’ils se sont accentués à l’approche du troisième anniversaire des
marches pacifiques du 11 juillet 2021 (Consuelo Rodríguez Hernández, secrétaire des
travailleuses de l’ASIC; Lázaro Roberto Aguiar Mendoza, militant de la municipalité de
Cruces, dans la province de Cienfuegos; Bárbaro de la Nuez Ramírez; la journaliste Yunia
Figueredo Cruz; Emilio Alberto Gottardi Gottardi, secrétaire général de la province de
La Havane; Iván Hernández Carrillo, ainsi que les syndicalistes indépendants Ulises
González Moreno et Yaquelín Dalis Caballero). L’organisation plaignante allègue par
ailleurs que: i) à deux reprises, le 2 mai 2023 et le 23 octobre 2024, la syndicaliste
de l’ASIC, Yoanys Olivera Vicente, a été détenue au commissariat de police de Cruces, où
elle a été interrogée et menacée d’emprisonnement si elle ne quittait pas
l’organisation, en plus de courir le risque de perdre son emploi de vétérinaire dans un
établissement public. Il lui a également été proposé de travailler pour eux comme
informatrice au sein de l’ASIC; ii) le syndicaliste indépendant Lázaro Aguiar Mendoza,
affilié à l’ASIC et infirmier du Système intégré d’urgence médicale (SIUM), a été arrêté
de manière arbitraire, le 22 octobre 2024, dans la province de Cienfuegos, pour vol de
matériel et libéré le même jour sans charge apparente; iii) le secrétaire provincial de
Mayabeque, Ibán Guerra Hernández, a été interrogé le 4 janvier 2025 au commissariat de
police de la municipalité de Santa Cruz del Norte, dans la province de Mayabeque, par un
lieutenant-colonel du DSE, qui a menacé le syndicaliste d’emprisonnement pour avoir
partagé des informations sur les réseaux sociaux, en l’avertissant que la police
politique secrète espionnait et surveillait les plateformes d’information et de
communication de l’ASIC; et iv) le syndicaliste indépendant Emilio Gottardi Gottardi a
également été arrêté le 10 janvier par deux hommes en civil, identifiés comme étant des
agents du DSE, au commissariat de police de Centro Habana, où il a été soumis à des
questions et des menaces constantes concernant son travail syndical et a été averti que
s’il n’abandonnait pas son engagement au sein de l’ASIC, il s’exposerait à de graves
conséquences. L’organisation plaignante souligne que les intéressés n’ont pas bénéficié
de l’assistance d’un avocat, qu’ils ont été menacés en l’absence de toute condition
formelle ou preuve que la procédure avait un fondement juridique, ce qui démontre la
surveillance constante de l’activité syndicale de l’ASIC par le régime.
- 223. L’organisation plaignante souligne que les faits décrits plus haut
mettent en évidence la violence systématique de l’État à l’encontre de l’ASIC, en vue
d’éliminer l’organisation syndicale pour mettre un terme à sa lutte pour la défense des
droits des travailleurs et rendre invisible sa mission d’information sur les fréquentes
violations perpétrées par le régime contre la population. Elle insiste sur le fait que
toutes les plaintes qui ont été déposées auprès des organes de contrôle de l’OIT sont
strictement conformes à la réalité vécue par les dirigeants syndicaux indépendants, les
militants et les travailleurs et que – bien que le gouvernement cubain n’ait pas
souhaité reconnaître formellement l’ASIC en tant qu’organisation syndicale – celle-ci
jouit de la reconnaissance des travailleurs et des employeurs, car elle représente une
véritable option d’organisation sociale dans le pays. Dans sa communication du 17 avril
2024, l’organisation plaignante allègue que 1 035 prisonniers politiques restent
incarcérés dans des prisons du pays dans des conditions inhumaines après un jugement
sommaire en raison des manifestations pacifiques du 11 juillet 2021, un grand nombre
d’entre eux étant de jeunes travailleurs dont le seul crime a été de manifester
pacifiquement contre le régime. L’organisation plaignante exprime son souhait qu’une
mission de contacts directs soit organisée.
C. Réponse du gouvernement
C. Réponse du gouvernement- 224. En ce qui concerne la recommandation a) du dernier rapport du comité
(reconnaissance et libre fonctionnement de l’ASIC), le gouvernement déclare de nouveau,
dans sa communication du 23 octobre 2024: i) que les membres de l’ASIC autoproclamée ne
sont ni des travailleurs ni des employeurs, ne font partie d’aucun collectif de travail
et, par conséquent, n’ont été ni élus ni désignés représentants syndicaux par les
membres, n’ont pas pour objectif de promouvoir ou de défendre les intérêts des
travailleurs et ne bénéficient pas non plus du soutien réel ou de l’adhésion d’un
collectif de travail; et ii) que les plaignants travaillent sous les auspices du «Groupe
international pour la responsabilité sociale des entreprises de Cuba» (GIRSCC) et de la
«Fondation nationale pour la démocratie» (National Endowment for Democracy – NED) pour
réaliser des actions de subversion politique qui constituent une violation des objectifs
et principes de la Charte des Nations Unies et du droit international, en particulier
les principes de souveraineté, d’autodétermination et de non-ingérence dans les affaires
internes. Le gouvernement souligne que l’ASIC a maintenu ses allégations pendant des
années dans le seul but de discréditer le gouvernement, afin de maintenir le cas
artificiellement ouvert devant le comité.
- 225. En ce qui concerne la recommandation b) (ouverture d’enquêtes sur
certains membres ou dirigeants syndicaux), le gouvernement indique, dans sa
communication du 23 octobre 2024: i) qu’il a coordonné les enquêtes ou les réponses
entre différentes entités, en employant les moyens nécessaires et les procédures en
vigueur, afin de vérifier chacune des allégations concernant les individus cités dans la
recommandation; et ii) que les actions menées étaient notamment les suivantes:
recherche, dans les registres automatisés du ministère de l’Intérieur, des contrôles
effectués sur les personnes détenues et les autres personnes poursuivies en lien avec
les faits délictueux présumés; utilisation de procédures d’intelligence des données pour
établir l’identité des personnes; consultation de bases de données d’organismes tels que
le ministère de la Justice; localisation des lieux de résidence; et entretiens. Bien
qu’il estime avoir fourni suffisamment d’informations démentant les allégations
d’attaques, d’actes de harcèlement, de mépris des libertés et de restrictions visant ces
personnes, le gouvernement fournit les informations suivantes concernant les personnes
citées dans la recommandation b):
- 1) Osvaldo Arcis Hernández: Il n’a pas de lien
avec le monde du travail. Il a été puni d’une peine d’emprisonnement de deux ans en
2015 pour délit de comportement antisocial. Il a fait l’objet d’un avertissement
pour activité économique illicite et trouble à l’ordre public. Il affiche toujours
un comportement antisocial et ne bénéficie d’aucun soutien de la communauté. Il a
été poursuivi au pénal pour trouble à l’ordre public le 11 juillet 2021, mais a
ensuite été libéré.
- 2) Bárbaro Tejeda Sánchez: Il fait preuve d’un
comportement social déplorable et a été poursuivi à 12 reprises pour délits de vol,
sortie illégale du territoire national, troubles à l’ordre public, menaces,
spéculation, accaparement et recel. Il a quitté le territoire national en 2019 pour
se rendre au Nicaragua et n’est pas revenu.
- 3) Felipe Carrera Hernández: Il
n’a fait l’objet d’aucune action policière. Depuis 2017, il a effectué cinq voyages
à l’étranger, trois au Panama et deux en Colombie.
- 4) Pavel Herrera
Hernández: Il vit à l’étranger depuis 2016 et n’est pas revenu au pays. Par le
passé, il a été poursuivi pour délit de vol et a reçu un avertissement pour trouble
à l’ordre public.
- 5) Daniel Perea García: En août 2019, il a été poursuivi
pour délit de recel. En janvier 2023, il a été convoqué par la Police nationale
révolutionnaire pour comportement antisocial. En 2024, il n’a fait l’objet d’aucune
action policière. Il n’entretient actuellement aucun lien avec l’ASIC autoproclamée,
mais il consacre son temps à faire courir de fausses nouvelles.
- 6) Yisan
Zamora Ricardo: Il a été arrêté dans la province de Holguín le 25 juillet 2021, pour
troubles à l’ordre public. Il a été remis en liberté le 28 juillet 2021 sans
qu’aucune autre charge n’ait été présentée contre lui. Il a à nouveau été poursuivi
pour troubles à l’ordre public le 4 octobre 2022.
- 7) Willian Cruz Delgado:
Le comité a été précédemment informé de son casier judiciaire chargé. Entre 2004 et
2018, il a été sanctionné pour les délits de coups et blessures, menaces, outrages
et troubles à l’ordre public. Le 24 août 2019, une amende lui a été infligée pour
avoir enfreint les dispositions du décret-loi no 141/88. Entre 2015 et 2021, il a
été signalé à quatre reprises pour coups et blessures, outrages et troubles à
l’ordre public; par ailleurs, il a été conduit neuf fois au commissariat de la
Police nationale révolutionnaire pour s’être livré à la vente illégale de
marchandises et de devises. Il a été établi que cette personne n’a en aucun cas fait
l’objet de mesures pour avoir exercé ses droits au travail ou ses droits
syndicaux.
- 8) Roque lván Martínez Beldarraín: Il a un casier judiciaire
chargé, des antécédents de coups et blessures de moindre gravité, d’attentat, de vol
avec violence, de vol avec recours à la force et de violation de domicile. Deux
contraventions lui ont été infligées pour spéculation et il a reçu deux
avertissements officiels de la Police nationale révolutionnaire. À l’heure actuelle,
il n’a aucun lien avec l’ASIC. Il a été licencié du port de Cienfuegos à la suite de
nombreux manquements à la discipline associés à des absences injustifiées, des
retards, des mauvais traitements et un manque de respect à l’égard de ses collègues
et supérieurs.
- 9) Jefferson Ismael Polo Mezerene et sa mère Anairis Dania
Mezerene: Ils n’ont aucun lien avec l’ASIC. Ils ont été arrêtés et transférés au
commissariat de la police nationale de Holguín le 11 juillet 2021 pour troubles à
l’ordre public commis pendant des perturbations survenues le même jour. Ils ont été
détenus pendant soixante-douze heures avant d’être libérés avec une amende
administrative. Depuis, aucune autre action policière n’a été menée contre ces
personnes.
- 10) Ulises Rafael Hernández López: Il a un comportement
antisocial dans son lieu de résidence. Il a été poursuivi pour troubles à l’ordre
public en mai 2016 et en décembre 2020.
- 11) Leonardo Hernández Camejo: Le
gouvernement n’a fourni aucune information à son sujet dans le cadre de la
recommandation b).
- 226. En ce qui concerne la recommandation c) (jugement condamnant
Humberto Bello Laffita), le gouvernement se borne à rappeler que les jugements sont
publics, oraux et contradictoires et, conformément aux dispositions de la loi de
procédure pénale, les jugements définitifs sont notifiés au ministère public, à l’accusé
ou à son avocat, auxquels une copie de l’arrêt est en outre remise.
- 227. En ce qui concerne la recommandation d) (veiller à ce que le
secrétaire général de l’ASIC, Iván Hernández Carrillo, puisse exercer librement ses
activités syndicales sans ingérence), le gouvernement répète que Hernández Carrillo
n’est pas un dirigeant syndical et qu’il a un casier judiciaire. Le gouvernement
rappelle qu’il a été condamné à vingt-cinq ans de prison en 2003, a bénéficié d’une
permission extrapénale en février 2011 et que ses droits sont toujours restreints, en
raison de sa situation juridique. Par ailleurs, il a reçu de multiples contraventions
pour troubles à l’ordre public ainsi que des avertissements officiels.
- 228. En ce qui concerne la recommandation e) (garantir le droit des
dirigeants et membres de l’ASIC de s’organiser et d’exercer librement leurs activités
syndicales, y compris lorsqu’elles ont lieu en dehors du territoire national ou qu’elles
consistent à participer à des forums virtuels internationaux), le gouvernement déclare
de nouveau que: i) l’embargo imposé par les États Unis d’Amérique limite la capacité des
entreprises de télécommunication à modifier la technologie permettant d’améliorer les
conditions d’accès à Internet; ii) les représentants cubains continuent de rencontrer de
nombreuses difficultés pour participer à des réunions et autres événements virtuels
organisés par des agences du système des Nations Unies, étant donné que Cuba a un accès
restreint à diverses plateformes numériques utilisées à cet effet; et iii) l’argument
avancé dans les allégations de l’ASIC, qui consiste à blâmer le gouvernement cubain pour
l’impossibilité de participer à une réunion virtuelle sur une plateforme interdite à
Cuba, sans faire porter la responsabilité de ces restrictions au gouvernement des
États-Unis d’Amérique, démontre l’objectif et les intérêts véritablement défendus par
les membres de l’ASIC.
- 229. En ce qui concerne la recommandation f) (garantir aux dirigeants de
l’ASIC la liberté de mouvement à l’intérieur du territoire national pour pouvoir exercer
leurs activités syndicales), le gouvernement déclare de nouveau que: i) la législation
n’impose pas de limites à la libre circulation ou à la liberté de mouvement associée à
l’exercice des droits des travailleurs et/ou des droits syndicaux; et ii) les
restrictions à la liberté de circulation, y compris à l’intérieur du territoire
national, reconnues par la loi, s’appliquent aux citoyens cubains accusés dans le cadre
d’une procédure pénale ou défendeurs dans une procédure civile, à ceux qui purgent une
peine privative ou non de liberté et à ceux qui bénéficient d’une permission
extrapénale, d’une remise conditionnelle de peine ou d’une liberté conditionnelle
accordée par le tribunal.
- 230. En ce qui concerne la recommandation g) (résultat des enquêtes sur
des allégations de licenciements), le gouvernement renvoie à ses communications
antérieures selon lesquelles: i) en 2017, des mesures disciplinaires légalement établies
ont été infligées à Kelvin Vega Rizo et Pavel Herrera Hernández à la suite de violations
de la discipline du travail prévues par la législation du travail; et ii) en ce qui
concerne la situation de Ismael Valentín Castro et de Dania Noriega, les licenciements
ne répondent pas à des motifs politiques liés à leur «militantisme syndical» apparent,
mais à une violation des règles qui régissent la politique des prix et des tarifs.
- 231. Dans ses communications ultérieures, le gouvernement rejette les
nouvelles allégations de l’ASIC, en réaffirmant que les plaignants ne sont pas des
syndicalistes, qu’ils n’agissent pas de manière indépendante et qu’ils allèguent des
violations des droits des travailleurs commises par le gouvernement sans fournir la
moindre preuve. Le gouvernement répète une nouvelle fois qu’lván Hernández Carrillo est
un citoyen cubain non lié par une relation de travail, qui s’est employé à formuler de
fausses accusations auprès de l’OIT dans le but de dénigrer les actions du pays en
matière de droits des travailleurs et de droits syndicaux.
- 232. En particulier, le gouvernement déclare que: i) les allégations sur
la prétendue convocation de Leonardo Hernández Camejo du 6 novembre 2023 sont fausses;
ii) il est faux d’alléguer que Daniel Perea García a été interrogé en raison de ses
activités syndicales supposées et a été agressé physiquement ou menacé d’emprisonnement;
iii) Alexis Rodríguez Martínez a été arrêté le 8 décembre 2023 pour délit de propagande
contre l’ordre constitutionnel et l’enquête menée n’a pas trouvé d’éléments prouvant des
violations de la légalité dans les actions des autorités; iv) il est faux d’alléguer
qu’Alejandro Sánchez Saldívar a été convoqué au commissariat de police de la
municipalité de Cabañas pour l’informer qu’il ne pouvait pas se rendre à La Havane et
qu’il devait rester à son domicile lors de la Journée internationale des droits de
l’homme; v) il est également faux d’alléguer que Rodolfo Aparicio Alemán a été arrêté le
15 décembre 2023; vi) ni Yunia Figueredo Cruz ni Iván Hernández Carrillo n’ont fait
l’objet d’une mesure policière; vii) en ce qui concerne la convocation policière
alléguée du 27 janvier 2024, Leonardo Hernández Camejo, Ulises González Moreno, Emilio
Alberto Gottardi Gottardi, Luis Orlando León Randich, Dayán Ortíz, Yaquelín Dalis
Caballero et Nora Noa n’ont pas été enregistrés dans les systèmes informatiques du
ministère de l’Intérieur et ils n’ont pas été entendus par le Procureur général de la
République. Dans les cas de Nora Noa et de Dayan Ortíz, leur identité n’a même pas pu
être retrouvée, dans la mesure où le Système unique d’identification nationale (SUIN)
contient plusieurs personnes portant les mêmes noms et prénoms; viii) quant à Rodolfo
Aparicio Alemán, le 12 janvier 2024, il a été transféré au commissariat de police de
Cruces, dans la province de Cienfuegos, au motif qu’il n’avait pas tous les documents
nécessaires au transport des marchandises se trouvant dans son camion. Au poste de
police, il s’est adressé de manière agressive à l’agent de police qui avait organisé son
transfert et il a gardé une attitude provocatrice, raison pour laquelle une plainte pour
outrage a été déposée, au titre de l’article 185 du Code pénal. Conformément à la loi,
il a été déféré devant le procureur, qui a décidé d’une mesure provisoire
d’emprisonnement le 15 janvier 2024, à la suite de quoi il a été transféré au centre
pénitentiaire correspondant le 18 janvier. Le 30 janvier, la mesure provisoire a été
transformée en caution en espèces; et ix) en ce qui concerne lván Hernández Carrillo, le
29 mars 2024, les autorités ont été informées qu’il avait l’intention de se rendre à la
capitale du pays pour y mener des actions contre le gouvernement avec d’autres
personnes, raison pour laquelle il a été identifié et transféré au commissariat de la
Police nationale révolutionnaire de Matanzas. Au commissariat, il a été officiellement
informé de la violation de son statut légal («permission extrapénale» accordée en 2011).
Aucune autre mesure n’a été prise à son encontre, comme cela a été faussement
allégué.
D. Conclusions du comité
D. Conclusions du comité- 233. Le comité rappelle que la présente plainte porte sur de nombreuses
allégations d’attaques, de harcèlement, de persécution, de détentions, d’agressions et
de restrictions à la libre circulation de dirigeants et de militants syndicaux dans
l’exercice de leurs fonctions par les forces de sécurité de l’État. En outre,
l’organisation plaignante continue de dénoncer sa non-reconnaissance par le
gouvernement.
- 234. En ce qui concerne la recommandation a) (reconnaissance et libre
fonctionnement de l’ASIC), le comité note que le gouvernement souligne de nouveau, dans
sa communication du 23 octobre 2024: i) que les membres de l’ASIC autoproclamée ne sont
ni des travailleurs ni des employeurs, ne font partie d’aucun collectif de travail et
n’ont été ni élus ni désignés représentants syndicaux par les membres, n’ont pas pour
objectif de promouvoir ou de défendre les intérêts des travailleurs, et ne bénéficient
pas non plus du soutien réel ou de l’adhésion d’un collectif de travail; ii) que les
plaignants travaillent sous les auspices du «Groupe international pour la responsabilité
sociale des entreprises de Cuba» (GIRSCC) et de la «Fondation nationale pour la
démocratie» (National Endowment for Democracy – NED) pour réaliser des actions de
subversion politique qui constituent une violation des objectifs et principes de la
Charte des Nations Unies et du droit international, en particulier les principes de
souveraineté, d’autodétermination et de non-ingérence dans les affaires internes; et
iii) que l’ASIC a maintenu ses allégations pendant des années dans le seul but de
discréditer le gouvernement, afin de maintenir le cas artificiellement ouvert devant le
comité.
- 235. Le comité ne peut que rappeler à nouveau qu’il y a plusieurs
décennies qu’il examine des allégations relatives à la non-reconnaissance et à
l’intervention du gouvernement dans le libre fonctionnement d’organisations syndicales
non affiliées à la Centrale des travailleurs de Cuba [voir les cas nos 1198, 1628, 1805,
1961 et 2258 du Comité de la liberté syndicale]. Le comité se voit contraint de rappeler
que le droit à une reconnaissance par un enregistrement officiel est un aspect essentiel
du droit syndical en ce sens que c’est la première mesure que les organisations de
travailleurs ou d’employeurs doivent prendre pour pouvoir fonctionner efficacement et
représenter leurs membres convenablement, et qu’une longue procédure d’enregistrement
constitue un obstacle sérieux à la création d’organisations et équivaut à un déni du
droit des travailleurs de créer des organisations sans autorisation préalable. En outre,
il rappelle que la liberté syndicale implique le droit pour les travailleurs et les
employeurs d’élire librement leurs représentants ainsi que d’organiser leur gestion et
leurs activités sans intervention des autorités publiques. [Voir Compilation des
décisions du Comité de la liberté syndicale, sixième édition, 2018, paragr. 449, 463 et
666.] Considérant que, selon les informations qu’il a reçues de l’organisation
plaignante, certains membres et dirigeants syndicaux mentionnés dans la plainte sont des
travailleurs indépendants et que certains d’entre eux ont été licenciés pour des motifs
antisyndicaux, le comité rappelle, en second lieu, que le critère à retenir pour définir
les personnes couvertes par le droit syndical n’est pas la relation d’emploi avec un
employeur. Les travailleurs qui ne sont pas liés par un contrat de travail doivent
pouvoir, s’ils le souhaitent, constituer les organisations de leur choix. [Voir
Compilation, paragr. 330.] Le comité rappelle que, lors de son premier examen du cas, il
a pris note que, dans sa déclaration de principes, l’ASIC défend l’autonomie syndicale
dans le cadre d’un état de droit, a pour objectif de promouvoir le plein respect des
normes internationales du travail de l’OIT et affirme ne pas participer ni être associée
à des activités politiques ou partisanes. Il observe également que, dans ses statuts,
l’ASIC indique avoir notamment pour objectif l’unification des syndicats indépendants et
la dénonciation des violations des normes internationales du travail. Il est en outre
indiqué dans ses statuts que les membres de l’ASIC ont pour devoir de lutter pour les
revendications et les avantages sociaux des travailleurs. Dans ces conditions, le comité
a observé que les éléments contenus dans la déclaration de principes et les statuts de
l’ASIC relèvent du champ d’action et de la définition d’une organisation de
travailleurs. Le comité regrette profondément qu’il n’y ait pas eu de progrès depuis le
dernier examen de ce cas, renvoie à ses conclusions antérieures et prie instamment, à
nouveau, le gouvernement de garantir la reconnaissance de l’ASIC, ainsi que son libre
fonctionnement et l’exercice de ses activités syndicales.
- 236. En ce qui concerne la recommandation b) (ouverture d’une enquête sur
certains membres ou dirigeants syndicaux), le comité note que le gouvernement, dans sa
communication du 23 octobre 2024, fournit des informations au sujet des membres
identifiés dans cette recommandation, indiquant ou rappelant que les personnes en
question: i) n’ont pas ou n’ont pas eu d’appartenance syndicale (Osvaldo Arcis
Hernández, Daniel Perea García, Roque Iván Martínez Baldarraín, Jefferson Ismael Polo
Mezerene, Anairis Dania Mezerene); ii) font toujours preuve d’un comportement social
inapproprié et/ou ont commis des délits, notamment de troubles à l’ordre public (Osvaldo
Arcis Hernández, Bárbaro Tejeda Sánchez, Pavel Herrera Hernández, Daniel Perea García,
Yisan Zamora Ricardo, Willian Cruz Delgado, Roque Iván Martínez Baldarraín, Jefferson
Ismael Polo Mezerene, Anairis Dania Mezerene, Ulises Rafael Hernández López); iii) n’ont
jamais fait l’objet d’actions policières (Felipe Carrera Hernández); et iv) vivent à
l’étranger (Bárbaro Tejeda Sánchez, Pavel Herrera Hernández).
- 237. Tout en prenant bonne note de la réponse du gouvernement, le comité
ne peut que constater que l’organisation plaignante a présenté de nombreuses allégations
additionnelles relatives à de nouveaux actes de discrimination antisyndicale, notamment
des détentions arbitraires, des menaces d’emprisonnement et divers actes de harcèlement
contre des membres et dirigeants de l’ASIC, qui, selon l’organisation plaignante,
mettent en évidence la violence systématique de l’État contre l’ASIC, afin de mettre un
terme à sa lutte pour la défense des droits des travailleurs.
- 238. À cet égard, le comité note que l’organisation plaignante allègue
que: i) le 6 novembre 2023, le syndicaliste Leonardo Hernández Camejo a été convoqué au
commissariat de police de Centro Habana, où il a été interrogé par un fonctionnaire du
DSE et enjoint de cesser son militantisme. Il a été interrogé une nouvelle fois le
27 janvier 2024, avec d’autres syndicalistes indépendants (Ulises González Moreno,
Yaquelín Dalis Caballero, Emilio Alberto Gottardi Gottardi, Luis Orlando León Randich,
Nora Noa et Dayán Ortíz); ii) le 30 novembre 2023, Daniel Perea García, secrétaire
provincial de l’ASIC à Santiago de Cuba, a été soumis à un interrogatoire, au cours
duquel il a subi des violences physiques de deux fonctionnaires du DSE; iii) le
7 décembre 2023, le syndicaliste indépendant Alejandro Sánchez Zaldívar a été convoqué
au commissariat de police de la municipalité de Cabañas, dans la province d’Artemisa,
pour l’informer qu’il ne pourrait pas se rendre à La Havane et qu’il devait rester chez
lui; iv) le 8 décembre, le syndicaliste indépendant Alexis Rodríguez Martínez a été
arrêté dans la municipalité de Holguín et transféré à la caserne de la police de
Pedernales, jusqu’au 21 décembre; v) les 9 et 10 décembre, le domicile de la journaliste
et syndicaliste indépendante, Yunia Figueredo Cruz, et du secrétaire général, Iván
Hernández Carrillo, ont été cernés par des agents de la police politique; et vi) le
syndicaliste indépendant Rodolfo Aparicio Alemán a été arrêté le 15 décembre et le
12 janvier 2024 par plusieurs agents de la Police nationale révolutionnaire. Il a été
libéré le 31 janvier et s’est vu infliger une amende de 5 000 pesos cubains.
- 239. Le comité note que l’organisation plaignante allègue par ailleurs
que: i) le 29 mars 2024, le secrétaire général Iván Hernández Carrillo a été arrêté et
transféré au commissariat de police de La Playa, où il a été interrogé et où un
avertissement lui a été adressé pour les délits supposés d’atteinte à l’ordre
constitutionnel et de mercenariat, pour lesquels sont prévues une peine allant jusqu’à
quinze ans d’emprisonnement pour le premier et, au maximum, la peine de mort pour le
second; et ii) il a été averti que s’il persistait à mener ses activités syndicales, la
prochaine fois, il serait emprisonné pour les charges précitées.
- 240. Le comité note que l’organisation plaignante allègue par ailleurs
que les actes de persécution à l’égard des militants de l’ASIC en vue de les assiéger,
de les harceler et de les empêcher de quitter leur domicile se sont reproduits à
d’autres occasions telles que la célébration du 1er mai (en ce qui concerne Liván
Monteagudo Rivero, secrétaire provincial de Las Tunas, Bárbaro de la Nuez Ramírez,
secrétaire général de la province de Cienfuegos), et qu’ils se sont accentués à
l’approche du troisième anniversaire des manifestations pacifiques du 11 juillet 2021
(en ce qui concerne Consuelo Rodríguez Hernández, secrétaire des travailleuses de
l’ASIC; Lázaro Roberto Aguiar Mendoza, militant de la municipalité de Cruces, dans la
province de Cienfuegos; Bárbaro de la Nuez Ramírez; la journaliste syndicale, Yunia
Figueredo Cruz; Emilio Alberto Gottardi Gottardi, secrétaire général de la province de
La Havane, Iván Hernández Carrillo, ainsi que les syndicalistes indépendants Ulises
González Moreno et Yaquelín Dalis Caballero). Le comité note que l’organisation
plaignante allègue que: i) à deux reprises, le 2 mai 2023 et le 23 octobre 2024, la
syndicaliste de l’ASIC, Yoanys Olivera Vicente, a été détenue au commissariat de police
de Cruces, où elle a été interrogée et menacée d’emprisonnement si elle ne quittait pas
l’organisation, en plus de courir le risque de perdre son emploi de vétérinaire dans un
établissement public, et il lui a été proposé de travailler pour eux comme informatrice
au sein de l’ASIC; ii) le syndicaliste indépendant Lázaro Aguiar Mendoza’’ a été arrêté
de manière arbitraire le 22 octobre 2024 dans la province de Cienfuegos, pour vol de
matériel, et libéré le même jour sans charge apparente; iii) le secrétaire provincial de
Mayabeque, Ibán Guerra Hernández, a été interrogé le 4 janvier 2025 au commissariat de
police de la municipalité de Santa Cruz del Norte, province de Mayabeque, par un
lieutenant-colonel du DSE, qui a menacé le syndicaliste d’emprisonnement pour avoir
partagé des informations sur les réseaux sociaux, en l’avertissant que la police
politique secrète espionnait et surveillait les plateformes d’information et de
communication de l’ASIC; et iv) le syndicaliste indépendant Emilio Gottardi Gottardi a
également été arrêté le 10 janvier par deux hommes en civil, identifiés comme étant des
agents du DSE, au commissariat de police de Centro Habana, où il a été soumis à des
questions et des menaces constantes concernant son travail syndical et a été averti que
s’il n’abandonnait pas son engagement au sein de l’ASIC, il s’exposerait à de graves
conséquences. Le comité note que l’organisation plaignante souligne que les intéressés
n’ont pas bénéficié de l’assistance d’un avocat, qu’ils ont été menacés en l’absence de
toute condition formelle ou preuve que la procédure avait un fondement juridique, ce qui
démontre par ailleurs la surveillance constante de l’activité syndicale de l’ASIC par le
régime.
- 241. En ce qui concerne les personnes spécifiquement mentionnées dans les
nouvelles allégations de l’ASIC, le comité note que le gouvernement indique que: i) les
allégations sur la prétendue convocation de Leonardo Hernández Camejo du 6 novembre 2023
sont fausses; ii) il est faux d’alléguer que Daniel Perea García a été interrogé en
raison de ses activités syndicales supposées et a été agressé physiquement ou menacé
d’emprisonnement; iii) Alexis Rodríguez Martínez a été arrêté le 8 décembre 2023 pour
délit de propagande contre l’ordre constitutionnel et l’enquête menée n’a pas trouvé
d’éléments prouvant des violations de la légalité dans les actions des autorités; iv) il
est faux d’alléguer que Alejandro Sánchez Saldívar a été convoqué au commissariat de
police de la municipalité de Cabañas pour l’informer qu’il ne pouvait pas se rendre à
La Havane et qu’il devait rester à son domicile lors de la Journée internationale des
droits de l’homme; v) il est également faux d’alléguer que Rodolfo Aparicio Alemán a été
arrêté le 15 décembre 2023; vi) ni Yunia Figueredo Cruz ni Iván Hernández Carrillo n’ont
fait l’objet d’une mesure policière; vii) en ce qui concerne la convocation policière
alléguée du 27 janvier 2024, Leonardo Hernández Camejo, Ulises González Moreno, Emilio
Alberto Gottardi Gottardi, Luis Orlando León Randich, Dayán Ortíz, Yaquelín Dalis
Caballero et Nora Noa n’ont pas été enregistrés dans les systèmes informatiques du
ministère de l’Intérieur et ils n’ont pas été entendus par le Procureur général de la
République. Dans les cas de Nora Noa et de Dayan Ortíz, leur identité n’a même pas pu
être retrouvée, dans la mesure où le SUIN contient plusieurs personnes portant les mêmes
noms et prénoms; viii) quant à Rodolfo Aparicio Alemán, le 12 janvier 2024, il a été
transféré au commissariat de police de Cruces, dans la province de Cienfuegos, au motif
qu’il n’avait pas tous les documents nécessaires au transport des marchandises se
trouvant dans son camion. Au poste de police, il s’est adressé de manière agressive à
l’agent de police qui avait organisé son transfert et il a gardé une attitude
provocatrice, raison pour laquelle une plainte pour outrage a été déposée au titre de
l’article 185 du Code pénal. Conformément à la loi, il a été déféré devant le procureur,
qui a décidé d’une mesure provisoire d’emprisonnement le 15 janvier 2024, à la suite de
quoi il a été transféré au centre pénitentiaire correspondant le 18 janvier. Le
30 janvier, la mesure provisoire a été transformée en caution en espèces; et ix) en ce
qui concerne lván Hernández Carrillo, le 29 mars 2024, les autorités ont été informées
qu’il avait l’intention de se rendre à la capitale du pays pour y mener des actions
contre le gouvernement avec d’autres personnes, raison pour laquelle il a été identifié
et transféré au commissariat de la Police nationale révolutionnaire de Matanzas. Au
commissariat, il a été officiellement informé de la violation de son statut légal
(«permission extrapénale» accordée en 2011). Aucune autre mesure n’a été prise à son
encontre.
- 242. Tout en notant que le gouvernement n’a pas fourni d’informations sur
les allégations relatives aux faits postérieurs au mois d’avril 2024 (voir paragraphe 27
ci-dessus), le comité ne peut que constater une nouvelle fois que les versions
présentées par le gouvernement et l’organisation plaignante divergent et que le
gouvernement continue de nier les faits dénoncés.
- 243. Bien que le gouvernement continue d’énumérer les délits ou les
antécédents judiciaires attribués à différentes personnes (activités économiques
illicites, troubles à l’ordre public, comportements antisociaux, etc.) mentionnées aussi
bien dans la recommandation b) du dernier rapport sur le cas que dans les nouvelles
allégations de l’ASIC, le comité constate avec regret, une fois de plus, qu’il ne
fournit toujours aucun élément relatif à la perpétration de ces délits et ne joint pas
non plus de documents sur les enquêtes correspondantes ni de copies des jugements, comme
indiqué dans des conclusions antérieures concernant ce cas. Le comité se doit de
rappeler, une nouvelle fois, que, dans de nombreux cas où les plaignants ont allégué que
des travailleurs ou des dirigeants syndicalistes avaient été arrêtés en raison de leurs
activités syndicales et où les réponses des gouvernements se bornaient à réfuter
semblables allégations ou à indiquer que les arrestations avaient été opérées en raison
d’activités subversives, pour des raisons de sécurité intérieure ou pour des crimes de
droit commun, il s’est fait une règle de demander aux gouvernements en question des
informations aussi précises que possible sur les arrestations incriminées, en
particulier en ce qui concerne les actions judiciaires entreprises et le résultat de ces
actions, pour lui permettre de procéder en connaissance de cause à l’examen des
allégations. Le comité rappelle également que, dans de nombreux cas, il a demandé aux
gouvernements intéressés de communiquer le texte des jugements prononcés avec leurs
attendus. [Voir Compilation, paragr. 178 et 179.] Dans ces conditions, pour pouvoir
examiner les allégations en toute connaissance de cause, le comité prie instamment le
gouvernement de lui transmettre le résultat des enquêtes menées et, le cas échéant, les
décisions de justice prononcées à l’encontre des membres ou dirigeants qui, selon le
gouvernement, ont un comportement social inapproprié et/ou ont commis des délits, y
compris de troubles à l’ordre public, en particulier: Osvaldo Arcis Hernández, Bárbaro
Tejeda Sánchez, Pavel Herrera Hernández, Daniel Perea García, Yisan Zamora Ricardo,
Willian Cruz Delgado, Roque Iván Martínez Baldarraín, Jefferson Ismael Polo Mezerene,
Anairis Dania Mezerene, Ulises Rafael Hernández López, ainsi que Leonardo Hernández
Camejo et Rodolfo Aparicio Alemán.
- 244. Par ailleurs, le comité prie le gouvernement de lui fournir des
informations concernant les nouvelles allégations d’actes répétés de persécution à
l’égard des membres et dirigeants suivants de l’ASIC: Liván Monteagudo Rivero, Bárbaro
de la Nuez Ramírez, Consuelo Rodríguez Hernández, Lázaro Roberto Aguiar Mendoza, Yunia
Figueredo Cruz, Emilio Alberto Gottardi Gottardi, Iván Hernández Carrillo, Ulises
Gonzáles Moreno, Yaqueline Dalis Caballero, Yoanys Olivera Vicente et Ibán Guerra
Hernández. Le comité prie également le gouvernement de lui transmettre ses observations
au sujet des allégations contenues dans les communications de l’ASIC datées du 16 avril
et du 6 mai 2025.
- 245. En ce qui concerne la recommandation c) (jugement condamnant
Humberto Bello Laffita), le comité regrette profondément, une fois encore, que le
gouvernement continue de refuser de transmettre une copie du jugement prononcé contre
Humberto Bello Laffita le condamnant à un an d’emprisonnement. Le comité prie instamment
le gouvernement de le faire sans autre délai et de veiller à ce qu’aucun travailleur ne
soit arrêté en raison de son activité syndicale.
- 246. En ce qui concerne la recommandation d) (veiller à ce que le
secrétaire général de l’ASIC, Iván Hernández Carrillo, puisse exercer librement ses
activités syndicales sans ingérence), le comité note que le gouvernement se borne à
rappeler qu’Iván Hernández Carrillo purge le reste de sa peine en liberté, ce qui
implique qu’il doit, conformément à la législation pénale en vigueur, respecter
certaines obligations. Notant à la fois ces éléments et les allégations répétées de
l’organisation plaignante au sujet des multiples restrictions auxquelles serait soumis
Iván Hernández Carrillo, le comité prie instamment le gouvernement de veiller à ce
qu’Hernández Carrillo puisse exercer, librement et sans ingérence des autorités, ses
activités syndicales.
- 247. En ce qui concerne la recommandation e) (garantir le droit des
dirigeants et membres de l’ASIC d’organiser et d’exercer librement leurs activités
syndicales, y compris lorsqu’elles ont lieu en dehors du territoire national ou qu’elles
consistent à participer à des forums virtuels internationaux), le comité note que le
gouvernement réaffirme qu’il s’agit de fausses allégations et d’accusations infondées et
que les limitations d’accès à Internet et aux technologies de l’information sont dues à
l’embargo économique imposé au pays. À la lumière des nouvelles allégations relatives
aux mesures de surveillance, qui se sont accompagnées d’une interruption volontaire
d’Internet dans le cas de la journaliste indépendante et syndicaliste Yunia Figueredo
Cruz en décembre 2023, le comité prie à nouveau instamment le gouvernement de veiller à
ne pas restreindre indûment le droit des dirigeants et membres de l’ASIC d’organiser et
d’exercer librement leurs activités syndicales, y compris lorsqu’elles se déroulent à
l’étranger ou impliquent la participation à des réunions virtuelles
internationales.
- 248. En ce qui concerne la recommandation f) (restrictions au droit de
libre circulation des dirigeants de l’ASIC à l’intérieur du territoire national), le
comité note que le gouvernement réitère que les allégations de restrictions au droit de
libre circulation, y compris à l’intérieur du territoire national, reconnues par la loi,
ne s’appliquent qu’aux citoyens accusés dans le cadre d’une procédure pénale ou
défendeurs dans une procédure civile, à ceux qui purgent une peine privative ou non de
liberté et à ceux qui bénéficient d’une permission extrapénale, d’une remise
conditionnelle de peine ou d’une liberté conditionnelle accordée par le tribunal. Tout
en constatant une fois de plus que les versions du gouvernement et de l’organisation
plaignante sont contradictoires, le comité observe que l’organisation plaignante allègue
de nouvelles restrictions à la liberté de mouvement, par exemple la surveillance des
domiciles des syndicalistes, notamment à l’occasion de la commémoration du troisième
anniversaire des manifestations massives qui ont secoué le pays le 11 juillet 2021. Tout
en rappelant à cet égard que le droit de manifester pacifiquement pour défendre les
intérêts professionnels des travailleurs est un aspect fondamental des droits syndicaux,
le comité prie une nouvelle fois instamment le gouvernement de garantir pleinement aux
dirigeants de l’ASIC la liberté de mouvement à l’intérieur du territoire national pour y
exercer leurs activités syndicales, y compris la participation à des manifestations pour
défendre les intérêts de leurs membres, sans ingérence des autorités.
- 249. En ce qui concerne la recommandation g) (allégations de
licenciements antisyndicaux), le comité regrette que le gouvernement se contente de
faire référence à ses déclarations antérieures selon lesquelles les licenciements
d’Ismael Valentín Castro et de Dania Noriega faisaient suite à des violations de la
discipline du travail et non à des motifs politiques liés à leur prétendu «militantisme
syndical», sans transmettre la copie demandée des résultats des enquêtes menées à ce
sujet. Il regrette profondément que le gouvernement n’ait pas non plus fourni les
résultats des enquêtes réalisées sur les licenciements de Kelvin Vega Rizo et de Pavel
Herrera. Dans ces conditions, le comité prie de nouveau le gouvernement de lui
transmettre une copie des résultats des enquêtes relatives aux licenciements d’Ismael
Valentín Castro et de Dania Noriega, ainsi qu’à ceux de Kelvin Vega Rizo et de Pavel
Herrera.
- 250. Enfin, neuf ans après avoir reçu la première communication relative
à ce cas, le comité exprime sa profonde préoccupation quant au fait que la situation
soit arrivée à un stade où le demandeur continue de présenter régulièrement de nouvelles
allégations, que le gouvernement continue de rejeter systématiquement sans fournir les
informations complémentaires nécessaires (telles que le résultat des enquêtes menées et,
le cas échéant, les jugements correspondants) qui permettraient au comité de procéder à
un examen en toute connaissance de cause. Dans ces conditions, compte tenu de l’absence
d’informations dans certains cas et du manque de progrès dans d’autres, le comité prie
instamment le gouvernement d’accepter une mission de contacts directs chargée de
recueillir des informations supplémentaires, de faciliter le dialogue entre les parties
et d’encourager la mise en œuvre de ses recommandations.
Recommandations du comité
Recommandations du comité- 251. Au vu des conclusions intérimaires qui précèdent, le comité invite
le Conseil d’administration à approuver les recommandations suivantes:
- a) Le
comité prie instamment le gouvernement de garantir la reconnaissance de
l’Association syndicale indépendante de Cuba (ASIC), ainsi que son libre
fonctionnement et l’exercice de ses activités syndicales.
- b) Le comité prie
le gouvernement de lui transmettre le résultat des enquêtes réalisées et, le cas
échéant, les décisions de justice prononcées à l’encontre des membres ou dirigeants
syndicaux qui, selon le gouvernement, ont un comportement antisocial inapproprié
et/ou ont commis des délits, y compris de troubles à l’ordre public, en particulier:
Osvaldo Arcis Hernández, Bárbaro Tejeda Sánchez, Pavel Herrera Hernández, Daniel
Perea García, Yisan Zamora Ricardo, Willian Cruz Delgado, Roque Iván Martínez
Baldarraín, Jefferson Ismael Polo Mezerene, Anairis Dania Mezerene, Ulises Rafael
Hernández López, ainsi que Leonardo Hernández Camejo et Rodolfo Aparicio
Alemán.
- c) Le comité prie le gouvernement de lui transmettre des
informations concernant les nouvelles allégations d’actes répétés de persécution à
l’égard des membres et dirigeants suivants de l’ASIC: Liván Monteagudo Rivero,
Bárbaro de la Nuez Ramírez, Consuelo Rodríguez Hernández, Lázaro Roberto Aguiar
Mendoza, Yunia Figueredo Cruz, Emilio Alberto Gottardi Gottardi, Iván Hernández
Carrillo, Ulises González Moreno, Yaquelín Dalis Caballero, Yoanys Olivera Vicente
et Ibán Guerra Hernández. Le comité prie également le gouvernement de lui
transmettre ses observations au sujet des allégations contenues dans les
communications de l’ASIC datées du 16 avril et du 6 mai 2025.
- d) Le comité
prie instamment le gouvernement de lui transmettre sans autre délai la décision de
justice condamnant Humberto Bello Laffita. Il le prie de veiller à ce qu’aucun
travailleur ne soit arrêté en raison de ses activités syndicales.
- e) Le
comité prie instamment le gouvernement de veiller à ce que Hernández Carrillo puisse
exercer, librement et sans ingérence des autorités, ses activités
syndicales.
- f) Le comité prie à nouveau instamment le gouvernement de
veiller à ne pas restreindre indûment le droit des dirigeants et membres de l’ASIC
d’organiser et d’exercer librement leurs activités syndicales, y compris
lorsqu’elles ont lieu en dehors du territoire national ou qu’elles consistent à
participer à des forums virtuels internationaux.
- g) Le comité prie à nouveau
instamment le gouvernement de garantir pleinement aux dirigeants de l’ASIC la
liberté de mouvement à l’intérieur du territoire national pour y exercer leurs
activités syndicales, y compris la participation à des manifestations pour défendre
les intérêts de ses membres, sans ingérence des autorités.
- h) Le comité prie
de nouveau le gouvernement de lui transmettre une copie des résultats des enquêtes
relatives aux licenciements d’Ismael Valentín Castro et de Dania Noriega, ainsi que
de Kelvin Vega Rizo et de Pavel Herrera
- i) Le comité prie instamment le
gouvernement d’accepter une mission de contacts directs chargée de recueillir des
informations supplémentaires, de faciliter le dialogue entre les parties et
d’encourager la mise en œuvre de ses recommandations.